A la folie, épisode 3

Il y a quelques années, j’avais proposé à Paola Grieco, alors responsable éditoriale de Gulf Stream éditeur, un nouvel abécédaire pour sa collection Et toc ! dans laquelle nous avions déjà publié un titre sur le développement durable, écrit avec Sylvie Muniglia, livre aujourd’hui épuisé, nommé Vers un monde alternatif.

Un abécédaire sur la folie… Rien que ça… Le but n’étant aucunement d’être exhaustif. Ne pas faire le tour de la question mais proposer quelques pistes.

Je l’ai retrouvé dans mes archives. Le livre n’a jamais existé parce que la collection s’est arrêtée. Mais le chantier était presque achevé.

Vous y piocherez peut-être des choses, ici ou là.

Aujourd’hui les lettres I à M. La suite au prochain épisode…

I comme Idiot du village

Simple d’esprit, idiot du village, benêt, fada, débile, etc. Respectueux ou franchement injurieux, le vocabulaire propose un grand nombre de formules pour décrire celui à qui autrefois, on réservait une place dans la communauté. Oui mais quand ? Ça fait longtemps alors, parce qu’aujourd’hui, vu la vitesse à laquelle on veut faire aller une société qui considère surtout la norme, et dans laquelle de surcroît il faut être jeune, beau, intelligent et performant (éternellement si possible), celui qui tenait une place à part dans un groupe, un village, ici ou ailleurs, qu’on prenait parfois pour un sage, capable de communiquer directement avec tout un tas de Dieu, on ne l’accepte plus. L’idiot du village, un moment qu’il a disparu.

En psychiatrie, la débilité et l’idiotie correspondent à des concepts précis.

La débilité est un état permanent d’insuffisance intellectuelle qui ne permet pas de répondre aux exigences du milieu. On considère que la majorité des êtres humains possède un QI (quotient d’intelligence) tournant autour de 100. Si tu as un QI supérieur à 140, tu es un surdoué (comme Einstein ou Descartes) mais si tu as un QI inférieur à 70, tu es un débile. Entre 50 et 70, débile léger et entre 30 et 50, débile profond. Ah, tu as une question qui te brûle la langue. Et en dessous de 30, ça donne quoi ? Eh bien il ne s’agit plus de débilité mais d’idiotie, forme majeure d’arriération mentale profonde. L’aliéniste Esquirol opposait d’ailleurs la démence à l’idiotie. La seconde était pour lui le degré le plus grave de l’absence de développement de l’intelligence : « L’idiot est ce qu’il a toujours été, il est tout ce qu’il peut être par rapport à son organisation primitive ».

Maintenant, tu réfléchiras à deux fois avant de traiter ton voisin de table de débile ou d’idiot. Ou du moins, tu pourras le faire en connaissance de cause.

I comme Invités au festin

Unique en France, à Besançon, La maison des sources est un lieu de vie animé par l’association Les Invités au festin. Ouvert depuis 1999, ce foyer accueille treize résidents, tous psychotiques. C’est une structure où chacun peut déambuler librement, une forme de tremplin, de passerelle entre hôpital et société.

À La maison des sources, les résidents vivent en communauté. Ils participent au fonctionnement de cette structure qui n’est pas médicalisée. Ils possèdent chacun une chambre et la décorent comme ils l’entendent. Ils assurent la cuisine également. Il s’agit de patients stabilisés qui prennent quotidiennement des médicaments.

Dans une interview que Sandrine Bonnaire a accordée pour parler du documentaire qu’elle a consacré à sa sœur, autiste, l’actrice cerne bien le problème en jeu ici : « L’hôpital est un lieu de soins mais en aucun cas, un lieu de vie. » Sa sœur Sabine a été en effet internée pendant cinq ans avant de rejoindre un foyer. Elle est malheureusement « définitivement abîmée ».

Marie-Noëlle Besançon, psychiatre et psychanalyste, a développé au sein de La maison des sources le concept de psychiatrie citoyenne. Elle est persuadée que la maladie mentale est avant tout une pathologie relationnelle et que ce n’est qu’en rétablissant ce lien à l’autre, au monde et à soi-même que le malade pourra envisager un retour à la vie autonome.

Cette expérience d’alternative psychiatrique a été récompensée dès 2002 par le deuxième prix national de l’initiative en économie sociale, décerné par la fondation du Crédit coopératif. La maison des sources est un joli modèle qui mériterait d’être imité. Certains résidents, refermés sur eux-mêmes lors de leurs séjours à l’hôpital, parviennent à s’épanouir ici, à trouver un équilibre. Le foyer reçoit des subventions mais assume également une partie de ses frais de fonctionnement. Les résidents animent par exemple une friperie.

Mais il faudrait des moyens et une véritable volonté politique pour que des lieux de vie tels que celui-ci se développent. Sandrine Bonnaire évoque le foyer où vit sa sœur, lieu de petite taille également. Elle met au jour  cette évidence : « Séjourner dans ces lieux de vie coûte moins cher qu’un internement à l’hôpital. Dans ces foyers où il y a deux éducateurs pour cinq résidents, une grande partie du travail thérapeutique se fait dans le rapport humain et dans l’échange. »

J comme Johnston Daniel

« I had lost my mind » scande Daniel Johnston de sa voix éraillée, sur un des titres de son album Is and always was sorti en 2009. Souffrant de troubles bipolaires qui lui ont valu d’être longuement hospitalisé dans les années 90, Daniel Johnston (1961-2019) occupe une place à part dans la création contemporaine. Pianiste, guitariste, songwriter fameux mais aussi dessinateur, il évolue hors-cadre et ses problèmes psychiatriques font partie intégrante de son univers décalé. Obsessions pour les super-héros, King-Kong, les amours perdues, les grenouilles ou encore Casper le fantôme, Johnston développe une proposition artistique underground unique depuis les débuts des années 80, date à laquelle il a commencé à enregistrer des dizaines de K7 dans son garage. La légende dit d’ailleurs que la plupart de ces chansons étaient dédiées à l’élue de son cœur qui finit, un jour, par se marier avec un croque-mort. Johnston évoque cela dans My baby cares for the dead.

Au plan musical, Daniel Johnston est le père du mouvement lo-fi apparu à la fin des années 80 et développé dans les années 90. Les américains de Pavement sont considérés par exemple comme l’un des groupes les plus représentatifs de ce courant. Économie de moyens, son un peu crasseux. Rien de lisse ici. Beaucoup de sincérité et de spontanéité. Au fil des années, Johnston a acquis un statut de quasi mythe parmi ces pairs. Tu te rends compte ? Tom Waits ou Sonic Youth font même partie de ses fans.

J comme Journal d’un fou

Le Journal d’un fou, une des plus célèbres nouvelles de l’écrivain russe Nicolas Gogol (1809-1852) est le seul texte écrit par l’auteur à la première personne. Dans cette nouvelle, le fonctionnaire Proprichtchine bascule dans la démence en quelques pages. Et même s’il avait vu venir le trouble (« J’avoue que depuis quelque temps, il m’arrive parfois de voir et d’entendre des choses que personne n’a jamais vues ni entendues. »), il commence par entendre des chiens parler entre eux et finit quelques pages plus loin par se prendre pour le Roi d’Espagne.

La littérature évoque depuis très longtemps le trouble mental mais la folie a fasciné particulièrement les écrivains au XIXe siècle. Cet intérêt accru est contemporain des nombreuses découvertes sur le sujet et des débuts d’une nouvelle branche de la médecine nommée psychiatrie.

La folie fascine au XIXe. Ainsi trouve-t-on des savants fous chez Jules Verne. Le capitaine Némo de Vingt-mille lieues sous les mers en est un bel exemple. Autrement, L’île du docteur Moreau d’H.G. Wells ou Frankenstein de Mary Shelley mettent en scène d’autres savants fous et ouvrent des perspectives pour la littérature fantastique et la science-fiction.

Dans un tout autre style, la nouvelle Le Horla de Guy de Maupassant (1850-1893), dans laquelle un homme est en prise avec la survenue d’une folie progressive, aborde le sujet de la maladie mentale. Écrit à la fin de la vie de l’auteur, le texte est en quelque sorte le reflet de l’affection dont souffrait Maupassant lui-même, atteint de syphilis. Le narrateur y tente vainement d’échapper au Horla, présence inquiétante qu’il porte en lui, double qui l’habite et le détruit.

Dans Une saison en enfer, le poète Arthur Rimbaud révolutionne bien sûr la langue et la poésie mais évolue aussi dans un espace où le dérèglement des sens et certains états limites sont les principaux sujets. Si des sections d’Une saison en enfer sont titrées Délires, ce n’est pas un hasard. Extrait : « Je m’habituais à l’hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d’une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi. »

K comme Kékéland

Depuis un long moment déjà, Brigitte Fontaine passe pour une artiste excentrique et originale, pour ne pas dire complètement déjantée. Ses prestations télévisuelles décalées de la fin des années 90et du début des années 2000 poussent à se poser légitimement des questions sur la santé mentale de la diva de l’underground français. Et puis, le titre de son premier album, paru en 1968, n’annonçait-il pas déjà la couleur : Brigitte Fontaine est… folle ?

Dans une chanson sobrement intitulée Folie, en 2004, l’artiste règle ses comptes avec les journalistes qui se sont largement répandus sur le sujet. Eh oui, on peut avoir à cœur de faire la folle et ne pas plaisanter avec la folie. Brigitte Fontaine donne un éclairage violent et cru sur son rapport à la maladie :

« Si je sors c’est pour quelques pas. L’espace horrible fond sur moi. Comme un gigantesque vautour. Transparent et sanglant le jour. Le noir que l’on flaire dans la nuit. Eh bien oui telle est ma folie. Brigitte est folle il est dit. Que c’est drôle, que c’est joli. »

En 2009, dans un entretien accordé à Télérama, l’artiste déclare également : « Je souffre d’une maladie nerveuse et psychique assez grave, et personne ne peut me guérir. Donc j’ai besoin de beaucoup, beaucoup de réconfort. »

Avec toutes ses gesticulations, on privilégie parfois un peu trop le personnage médiatique et on finit par méconnaître son œuvre. C’est bien dommage. Car singulière, Brigitte Fontaine l’est à plus d’un titre.

K comme Krueger Freddy

Connais-tu le véritable visage de l’acteur américain Robert Barton Englund ? Pas si sûr, tant il apparaît grimé dans le rôle qui l’a rendu célèbre, celui du tueur en série Freddy Krueger, personnage fou à lier imaginé par Wes Craven pour le film Les griffes de la nuit en 1984.

L’auteur de ces lignes a bien regretté de s’être fait passer pour plus âgé qu’il n’était lors de la sortie du long-métrage en salle. Les griffes de la nuit, justement interdit aux moins de 13 ans. Le trop jeune garçon d’à peine douze ans est ressorti du cinéma effrayé. Il lui a fallu quelques nuits pour se remettre de ses émotions. Des nuits parce que bien sûr, c’est la nuit que Freddy opère. À l’instar du croque-mitaine, il vient hanter les cauchemars des adolescents.

Peur et folie avancent ici main dans la main. Du suspens. La tension qui monte. Des effets de surprises savamment dosés… et le cocktail devient horrifique à souhait. Le film a été un tel succès que Wes Craven en a tourné six autres (entre 1984 et 1994) dans lesquels Robert Barton Englund  a incarné chaque fois l’horrible Freddy.

Mais dis-moi, Freddy, quel est ton secret de beauté ? L’homme n’a pas eu de chance. De son vivant, après avoir commis d’horribles crimes, il a été brûlé vif. Si si. Et ça laisse quelques traces, tu t’en doutes !

Maintenant, chante avec moi, veux-tu, la mignonne petite comptine du film :

« Un, deux… Freddy te coupera en deux. Trois, quatre… remonte chez toi quatre à quatre. Cinq-six… n’oublie pas ton crucifix. Sept-huit… surtout ne dors plus la nuit. Neuf-dix… il est caché sous ton lit. »

Peur et folie. On trouve le duo exploité dans une ribambelle de films d’épouvante. Du mythique Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) mettant en scène une famille violente de ravagés du bulbe notoires, en passant par le sanglant Carrie (Brian de Palma, 1976) ou le très glaçant Shining (Stanley Kubrick, 1980). Citons encore l’angoissant L’Antre de la folie (John Carpenter, 1995) ou le grand-guignolesque Re-animator (Stuart Gordon, 1985), librement inspiré de l’univers de H.P Lovecraft.

Dans la série Twin Peaks, David Lynch utilise également à sa façon les mêmes ressorts, jouant avec la folie et la peur, entretenant sur un grand nombre d’épisodes le mystère entourant la disparition de Laura Palmer.

Alors si tu envisages de te lancer dans la réalisation d’un film d’épouvante, tu connais maintenant la recette. Merci qui ?

L comme La Borde

Fondée en 1953 par le docteur Jean Oury, la clinique de La Borde occupe une place à part dans le paysage des établissements psychiatriques français. On y applique en effet depuis sa création les principes de la psychothérapie institutionnelle. Le but ici est de mettre en œuvre tous les moyens pour accéder à la singularité de chacun des patients. Puisque comme l’écrit Jean Oury, « Être au plus proche, ce n’est pas toucher : la plus grande proximité est d’assumer le lointain de l’autre. »

L’enjeu était de créer un milieu différent du milieu hospitalier ou carcéral ; et après un demi-siècle, l’efficacité des pratiques en place ici n’est plus à démontrer. De nombreux psychiatres sont passés par La Borde pour voir comment on y travaillait. Pourtant, il reste difficile de faire un modèle de cette clinique, le propre de son fonctionnement tenant également à une forme de remise en question et d’évolution permanentes. Quelques grands principes, tout de même, appliqués pour la réussite de cette expérience hors du commun : liberté de circulation, importance des clubs thérapeutiques (dont la fonction est de « travailler » l’ambiance de l’ensemble de la clinique, en veillant à la vie des différents ateliers : jardin, serre, écurie, sports, artisanat, journal, bibliothèque, etc.), nécessité de lutter contre le cloisonnement, la hiérarchie massive, la ségrégation et l’uniformisation.

La Borde montre en tout cas une chose évidente mais qu’il est bon de rappeler : le soin psychiatrique ne peut se borner à la prise de neuroleptiques. L’abord de la maladie mentale doit être multidimensionnel.

À La Borde, les malades sont parties prenantes dans les décisions inhérentes au bon fonctionnement de l’établissement. C’est ce qui fait de cette clinique un lieu hors norme.

L comme Lenz

La littérature, comme les autres formes d’art, entretient des rapports étroits avec la folie. Et Lenz, nouvelle inachevée écrite en 1835 par le poète et auteur dramatique allemand Georg Büchner (1813-1837) occupe une place à part dans ce paysage mouvementé.

Au départ, l’écrivain tente d’y relater un fait réel. L’expérience de plongée dans la folie vécue par son compatriote, le poète Jacob Michael Reinhold Lenz, cinquante-sept ans auparavant. Büchner s’appuie pour cela sur le journal du pasteur Oberlin chez qui Lenz se réfugia en janvier 1778, après une longue marche dans la montagne.

D’abord, c’est une curiosité scientifique qui semble animer Büchner, une volonté de comprendre. N’oublions pas que l’auteur, ayant entrepris des études de biologie, a écrit dans le même temps un mémoire sur le système nerveux du barbeau.

À l’arrivée, le texte va bien au-delà du projet initial. Car Büchner, en se glissant dans la peau de Lenz, réussit à toucher puis à transmettre la perception d’un homme qui sombre dans la folie.

Que voit Lenz quand il délire ? Que ressent-il dans cette forme d’hyper-conscience qui le mine ?

De l’angoisse bien sûr, quand il sent l’univers se dérober sous ses pieds : « … ou bien il restait immobile et posait sa tête dans la mousse et fermait à demi les yeux, et alors cela s’éloignait, la terre se dérobait sous son corps, elle devenait aussi petite qu’une planète errante, aspirée par le flot tumultueux qui roulait ses eaux limpides loin au-dessous de lui. »

De la peur aussi, quand il perd jusqu’à la conscience de sa réalité physique : « Une peur sans nom se saisit de lui. Il se leva d’un bond, courut à travers la chambre, en bas de l’escalier, devant la maison ; mais en vain, obscurité totale, rien – il était un rêve à ses propres yeux. »

Une instabilité permanente enfin, qui l’épuise : « Une pression violente et il s’effondrait, épuisé ; il gisait, pleurant à chaudes larmes. Et puis une force soudaine lui venait, il se relevait, froid et indifférent ; ses larmes lui paraissaient de glace, il éclatait de rire. Plus haut il se hissait, plus bas il chutait. »

La réussite de Büchner tient du miracle et pose question. Comment une personne reconnue saine de corps et d’esprit peut-elle nous donner à voir la perception d’un fou avec autant de vérité ? Une réponse possible : la folie loge en chacun de nous et fait partie de notre intimité.

L comme Lobotomie

La lobotomie est une opération chirurgicale consistant à sectionner certains circuits neuronaux en vue de traiter des maladies mentales réputées incurables. On ne touche pas à des fonctions vitales du cerveau mais il résulte quand même une altération de certaines facultés pour le malade. Aussi, elle peut être considérée comme une atteinte grave à l’intégrité de la personne.

La lobotomie est interdite aujourd’hui dans la plupart des pays (dont la France). Elle a été remplacée par des traitements médicamenteux à base de neuroleptiques. Dans l’Hexagone, 26 lobotomies ont tout de même été effectuées entre 1980 et 1986.

Le professeur portugais Antonio Egas Moniz est l’un des inventeurs de la lobotomie, telle qu’elle a été pratiquée au XXe siècle. Il a d’ailleurs reçu pour cela le Prix Nobel de médecine en 1949. Avec le recul, on se dit que bon, non parce que là, en terme d’avancée médicale, on peut se poser des questions quand même…

Très vite, cette pratique a eu ses opposants. Henri Baruk, longtemps directeur de l’hôpital de Charenton, s’y est toujours opposé par exemple, comme aux électrochocs d’ailleurs, préférant les psychothérapies s’appuyant sur le dialogue aux méthodes violentes. Pour lui, cette pratique et purement et simplement barbare. Avant le développement des neuroleptiques, certains médecins ont pensé par exemple qu’il serait bon d’utiliser cette technique pour les grands criminels reconnus irresponsables de leurs actes. Afin de dénoncer cette pratique, Henri Baruk écrit : « En somme, l’idée qui préside à cette initiative est d’extirper le crime du cerveau de l’homme considéré comme un malade. » Et un peu plus loin, « Le malade est nécessairement diminué dans sa personnalité, mutilation que je réprouve, estimant que le premier devoir d’un médecin est de respecter l’intégralité de l’être humain qui vient se confier à lui. »

M comme Marginal

Dans notre société aux normes trop bien fixées, ou rien ne doit dépasser au risque de trépasser, il y a peu de place pour la différence. Aussi, les malades mentaux sont-ils en première ligne parmi les populations victimes de l’exclusion sociale. Moins on parle de folie et mieux les gens semblent se porter. La folie, cela inquiète. On préfère ne pas y penser.

Cela fait un moment que cela dure, d’ailleurs. Dans le chapitre intitulé Le grand renfermement de son Histoire de la folie à l’âge classique, Michel Foucault écrivait : « L’internement est une création institutionnelle propre au XVIIe siècle… Mais dans l’histoire de la déraison, il désigne un événement décisif : le moment où la folie est perçue sur l’horizon social de la pauvreté, de l’incapacité au travail, de l’impossibilité de s’intégrer au groupe ; le moment où elle commence à former texte avec les problèmes de la cité. »

Voilà le fou « désintégré » dès le XVIIe siècle. Si depuis, tout au long de l’histoire de la médecine, un grand nombre d’initiatives ont existé pour ne pas exclure les malades mentaux de la vie de la cité (structures ouvertes sur l’extérieur à Saint-Alban en Lozère, appartements thérapeutiques adaptés, etc.), la folie continue de faire peur et les patients d’être la plupart du temps marginalisés.

Certaines pathologies nécessitent une hospitalisation en milieu fermé, c’est vrai, et l’on ne sait pas trop ce qu’il se passe finalement derrière les murs. Notre imaginaire fonctionne à plein. Nous avons une vision fantasmée de la folie en général et du fou en particulier. Peur aussi, au fond, un jour ou l’autre, d’être nous-mêmes face à la maladie mentale ou qu’elle touche un de nos proches.

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