Un jour je reviendrai

Un jour je reviendrai

Vacciner les abeilles

Féliciter les pitres

Dynamiter les murs ternes

Un jour je reviendrai

Fracasser Jeff Bezos

Éliminer l’absence

Briser les chairs de poule

Un jour je reviendrai

Digérer les hypers

Phagocyter les poutres

Défoncer les barrières

Un jour je reviendrai

Toucher les arbres au centre

Parler avec les loups

Coucher dans un terrier

Un jour je reviendrai

Le plus discret possible

Pour ne pas réveiller les renards

Pour ne pas souiller le sable en marchant

Pour partager mon souffle avec le vent

Benoît BROYART, 4 janvier 2021

2021, programme des réjouissances

Il va se passer plein de belles choses en 2021. J’avais envie de prendre un peu de temps pour les évoquer ici. L’occasion aussi de vous souhaiter une belle année 2021.

Le 15 janvier, vous trouverez en librairie un nouveau tome de la série documentaire Suis du doigt, que j’ai la chance d’écrire pour les fabuleuses éditions La Cabane bleue. Il est magnifiquement illustré par Margaux Grappe. L’animal à l’honneur, cette fois-ci, est la chauve-souris. Plus d’infos par ici.

J’ai d’autres projets avec Sarah et Angela, les deux super-éditrices de la Cabane bleue… mais c’est un peut tôt pour vous en parler.

Je poursuis également en 2021 ma collaboration avec Hyghée éditions, la branche grand-public des très sérieuses Presses de l’École de hautes études en santé publique, Presses de l’EHESP, installées à Rennes. Deux petits albums verront le jour dans la collection Et si on parlait de, construits sur le même modèle que les trois précédents (Ma mère à deux vitesses, Mon ami hors du commun et Mon papy tête en l’air). Une histoire du soir sur une maladie, un trouble qui survient au sein d’une famille. Le regard d’un enfant. Et des doubles-pages en fin de volume écrites par le psychologue Baptiste Fiche pour répondre aux questions et trouver des solutions. La crise d’ado de mon frère (illustré par Laurent Richard) et Mon papa combattant (illustré par Benjamin Strickler) sortiront respectivement en mai et en août 2021. Ci-après, une image de Laurent Richard en exclusivité interplanétaire.

Image : Laurent Richard

A la fin de l’été, eh bien on pensera aux adultes avec un nouveau roman graphique bâti avec le même Laurent Richard… mais dans un autre registre. Maldoror et moi, dans la belle collection 1 000 feuilles chez Glénat, dirigée par le cultivé Franck Marguin, où nous avions déjà publié Nanaqui, une vie d’Antonin Artaud. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de vous en parler ici. C’est très noir. La lecture par le jeune Martin des Chants de Maldoror de Lautréamont, ce qui infuse en lui de ces lignes empoisonnées.

Image : Laurent Richard

Vers la fin de l’été, c’est aussi le premier tome de la série L’encyclopédie de la peur qui devrait pointer son nez, chez Jungle. Aux pinceaux, Ewen Blain. Et dans un autre registre, ça devrait être très bien. Voici la team de l’encyclopédie de la peur. L’intrépide Lili et sa grand-mère acariâtre Clara. Une bande dessinée d’aventure plutôt fléchée jeunesse mais qui je l’espère pourra conquérir un large public.

Image : Ewen Blain

Depuis novembre dernier, j’ai décidé de développer directement sur mon site une offre de livres audio en ouvrant une boutique qui rapproche le producteur du consommateur… Un circuit court… pour faire profiter vos enfants d’histoires que j’ai écrites et que je lis… Tout cela avec la complicité d’Arthur Broyart à la guitare et au mixage et de Marine Cariou pour le visuel. Tout est réalisé ici, à Peillac city ! Et en vente dans la boutique de ce site, c’est-à-dire . Après 10 histoires d’animaux pour les petits, eh bien vous pourrez découvrir en février un nouveau livre audio avec 14 contes étiologiques avec pas moins de 55 animaux à l’intérieur.

Image : Marine Cariou

En 2021, je pars aussi 3 mois en résidence (janvier, mars et mai) dans un site magnifique, afin de travailler sur un scénario de bande dessinée jeunesse qui réinterrogera la place de l’être humain dans la nature. L’association La Turmelière m’accueille dans un magnifique site tout près de la Loire, à Liré. Et sur ce projet, eh bien je rempile avec devinez qui…. Laurent Richard.

Le château de La Turmelière
Image de Laurent Richard. Recherche pour notre projet antispéciste

Ah… sinon j’oubliais. Je vais développer aussi en 2021 la maison d’édition que j’ai créée en 2019, Cavale éditions. L’idée est de publier des livres sur l’enfance qui ne sont pas forcément pour les enfants. Pour ces projets-là, je vous donne rendez-vous ici.

Maldoror et moi… Fin de chantier

L’ami Laurent Richard, avec qui je chemine depuis un moment, m’a envoyé cette semaine la totalité des planches de notre nouveau roman graphique, Maldoror et moi, à naître chez Glénat en 2021, dans la belle collection 1000 feuilles, dirigée par Franck Marguin.

J’ai lu ces 139 planches avec beaucoup d’émotion. Un moment que nous travaillons sur ce récit avec Laurent. Un truc un peu fou au départ… Proposer une déclinaison graphique des Chants de Maldoror, restituer une partie au moins de leur force, de leur violence inouïe, de leur audace. Maldoror et moi, c’est l’histoire de Martin, jeune adulte, et de sa rencontre avec ce livre incroyable.

En discutant autour de moi, je me suis aperçu que peu de personnes connaissaient le chef-d’œuvre que sont Les chants de Maldoror. Si notre travail peut leur donner envie d’aller plus loin en lisant eux aussi, comme Martin, Lautréamont… A leurs risques et périls, bien sûr…

Jusqu’où un livre peut-il marquer son lecteur ? Des mondes qui paraissent si loin l’un de l’autre peuvent-ils se rapprocher, se contaminer ? Qu’est-ce qui nous bouleverse et nous fonde ?

Martin découvre la noirceur absolue des Chants de Maldoror et les chants déteignent progressivement sur lui, sur son quotidien.

Je voulais aujourd’hui, pour fêter la fin de ce chantier, vous proposer quelques images, histoire de vous mettre l’eau à la bouche…

Grand merci à Laurent pour tout le travail fourni, merci à Franck Marguin de nous avoir accueilli une nouvelle fois (après Nanaqui) dans sa belle collection, merci enfin au Centre National du Livre d’avoir soutenu ce projet en m’accordant une bourse.

Offrez 10 histoire d’animaux pour les petits

La boutique s’étoffe un peu en ce début décembre… Deux formules dorénavant pour ce premier livre audio qui propose 10 histoires originales que j’ai écrites et que je lis, accompagné par la guitare d’Arthur Broyart et les pinceaux de Marine Cariou (pour le visuel).

Vous pouvez bien entendu commander le livre audio pour vos enfants. Rien de plus simple… c’est par ici :

Mais vous pouvez aussi offrir ces histoires à un enfant de votre choix. C’est par là :

Dans ce deuxième cas, eh bien l’enfant recevra de votre part, quelques jours après la commande, par la Poste, une très belle carte au format 15 x 15 dans une jolie enveloppe postée par mes soins. Au recto, la très belle illustration réalisée par Marine Cariou. Au verso, un code qui lui permettra de télécharger gratuitement les histoires sur le site.

Une boutique de livres audio sur le site

J’ai décidé de développer ma propre offre de livres audio. Cela me turlupinait depuis un petit moment déjà. Eh bien voilà, c’est fait.

Dès validation du panier, pour 6,50 euros, eh bien vous pourrez télécharger les fichiers et accéder à 50 minutes d’histoires originales… Elle est pas belle, la vie ?

Lancement en fanfare aujourd’hui, en espérant qu’en écoutant ces 10 histoires d’animaux pour les petits, que vous trouverez facilement en cliquant sur le nouvel onglet Boutique du menu principal, c’est-à-dire ici, vous prendrez autant de plaisir que moi j’ai eu à les enregistrer. Sous la jolie image ci-après réalisée par Marine Cariou, je vous en dis un peu plus…

Dessin : Marine Cariou

Ces petites capsules d’environ 5 minutes sont des histoires destinées aux enfants à partir de 3 ans. Idéalement, elles sont à écouter chez soi, en voiture, en train… ou en bateau à voile. Elles sont aussi à partager. Et c’est encore mieux. En famille par exemple. Asseyez-vous et laissez-vous emporter.

Des textes sur les animaux, sauvages ou familiers, lointains ou domestiques… afin d’éveiller les petites consciences à ce qui nous relie à la nature. Ces histoires constituent en effet un premier éveil à l’écologie. Regarder autour de soi ce qui vit, que l’animal soit grand ou petit. Du chat au loup, de l’ours polaire au manchot, du lion à la marmotte, du chat au poisson-clown.

L’ensemble des textes est rehaussé de touches musicales. Générique bien sûr mais aussi respirations dans la narration. La guitare d’Arthur Broyart habille avec élégance chacune de ces capsules.

Grâce à son trait tout en rondeur, Marine Cariou a créé un visuel parfait pour apporter à ses 10 histoires d’animaux la douceur qui leur était nécessaire.

La démarche entreprise s’affirme en circuit court. Une volonté de gommer les intermédiaires pour privilégier un lien direct entre ceux qui créent et ceux qui écoutent.

Texte et lecture : Benoît Broyart

Guitare et mixage : Arthur Broyart

Visuel : Marine Cariou

Antispé

On avait dépassé le stade où une réconciliation aurait été possible. Il fallait savoir dorénavant quelle espèce anéantirait l’autre. Plus de réparation possible. Et d’ailleurs, après autant de saccages pour s’imposer, de quel droit les humains avaient-ils encore au fond d’eux-mêmes la conviction que c’était à eux, justement, que la responsabilité incombait, que cette réconciliation, cette réparation, c’était bien eux qui allaient l’orchestrer.

C’est bien trop tard

L’heure a sonné

Fais tes bagages

Trop tard

Trop loin

Terre tondue

Déguerpis

Pas de réparation

Pas de réconciliation

Séparation

Mise à la porte

Mise à l’index

Prends tes bagages

Nous n’en ferons rien

Dégage

Encore là ?

Ne t’accroche pas aux branches

Celles que tu coupas jadis

ont repoussé

Tu l’as bien cherché

Elles te reviennent en pleine tête

Benoît Broyart, 9 novembre 2020

Ce qu’ils ne disent pas…

Ce qu’ils ne disent pas, surtout pas, c’est qu’ils sont au moins en grande partie responsables de la situation actuelle. Et ce qui m’effraie, c’est d’entendre autour de moi des gens censés être sensés affirmer que quand même, ce gouvernement fait comme il peut, que la situation est inédite, difficile à gérer.

Ils sont responsables, sans vouloir l’admettre, de la situation actuelle, car rien n’a été fait depuis mars pour rendre l’hôpital plus fort, à même d’accueillir davantage de malades. Cela aurait été tout à leur honneur de reconnaître qu’ils s’étaient trompés, et avant eux leurs prédécesseurs, puisque sous Sarkozy comme sous Hollande, on a commencé à fermer des lits, des services.

Mais le gouvernement poursuit avec le même entêtement, dans une logique de plus en plus autoritaire, sous couvert de pandémie. C’est quand même hallucinant d’entendre le premier ministre claironner que ce n’est pas en quelques mois qu’on forme de nouveaux soignants, qu’on ouvre des lits en réanimation… C’est sûr qu’en continuant à fermer des lits (cela a été le cas depuis mars) et en payant les gens comme des merdes…

Ouvrir de nouveaux lits, mettre fin enfin au travail de sape entrepris. Des années que ça dure, cet assèchement de l’hôpital public, cette volonté de rendre la santé rentable. Faire des économies sur le court terme… toujours pour que les plus riches continuent de s’engraisser. C’est à vomir.

Avec la remontée des cas graves, le gouvernement a peur. Il n’a pas peur pour nous, pour les femmes, les hommes, les enfants de ce pays… Non, il a peur que les responsabilités soient enfin clairement définies, peur d’être démasqué et traîné dans la boue.

Alors c’est couvre-feu.

Et si on sonde la plupart des gens, ils ne s’opposeront pas à cette nouvelle privation de liberté, terrorisés qu’ils sont parce que quotidiennement, la peur leur est servie sur un plateau, distillée juste comme il faut. Le gouvernement a peur que cette fois-ci, les services hospitaliers ne tiennent pas la marée.

Et bien sûr que non, ce n’est pas les gens entassés dans les transports en commun ou les hypermarchés, ce ne sont pas non plus les enfants dans les classes des écoles maternelles et primaires où le protocole sanitaire a été allégé le problème…

Ce sont bien entendu les gens qui vont à des concerts, sortent dans les bars, s’alcoolisent souvent. Après une bière ou deux, tout le monde se fait des câlins, c’est bien connu.

Tout le poids qu’on fait peser sur les jeunes, qui ne sont pas directement concernés par cette maladie… Pas le droit de, ni de, ni de et encore moins de.

Et voilà la seule réponse possible du gouvernement. Contraindre les gens. Leur mettre des amendes. Considérer tout le monde comme des enfants turbulents.

Ce qui m’effraie aussi, ce sont ces voix qui semblent dire que oui, les gens font n’importe quoi et ne comprennent que la répression. La police est doublée dorénavant d’un genre de milice bien puante.

Et si les services hospitaliers ne tiennent plus la marée… on fera quoi ? Monsieur le président, une idée ?

Grand entretien pour Livre et lecture en Bretagne

Photo : Stéphane Batigne

[TRACER L’AVENIR] GRAND ENTRETIEN #1

Dans la continuité des témoignages recueillis pendant le confinement et depuis la reprise d’activités, Livre et lecture en Bretagne souhaite donner la parole à des professionnels du secteur du livre pour « Tracer l’avenir », exprimer leurs aspirations pour la filière en Bretagne. Début de cette série de rencontres avec un auteur, premier maillon de la chaîne du livre : Benoît Broyart.

Comment vivez-vous la crise sanitaire actuelle ?

Ce qu’on pensait temporaire, ce qu’on croyait être un moment de crise… s’étire sans qu’on puisse en deviner le terme. Après le moment de sidération, le confinement, nous devons toutes et tous vivre avec ce virus, et le plus compliqué semble être, dans cette situation, de préserver la convivialité, les actions collectives, quand tout nous pousse à nous replier sur nous-mêmes. Dans ce domaine, le discours anxiogène ambiant n’arrange pas les choses. Impossible de nier la réalité de la pandémie. Pour autant, j’aimerais que le gouvernement explique, fasse appel à l’intelligence de chacune et chacun, plutôt que de s’entêter dans une politique de répression, d’interdit, de punition. La remise en question de certaines de nos libertés me pèse beaucoup, et la stigmatisation d’une partie de la population, notamment des jeunes, me met en colère quotidiennement.

Comment impacte-t-elle votre activité de professionnel du livre ?

En tant qu’auteur, c’est bien entendu la partie médiation qui a été très impactée et qui continue à l’être. Les salons ont été annulés. Et l’annonce de nouvelles annulations est quotidienne. Pour organiser des manifestations publiques, les contraintes sanitaires sont importantes. Cela décourage beaucoup de bonnes volontés.

Lors des manifestations littéraires, des bénévoles sont généralement mobilisés venant en renfort des professionnels du livre. Parmi ces derniers, les retraités sont nombreux. Les personnes de plus de 65 ans ayant été identifiées comme les plus vulnérables, elles ne se sont pas forcément déconfinées. En tout cas, elles hésitent à reprendre le chemin de leurs engagements dans le milieu culturel et on les comprend. Le secteur associatif devrait beaucoup souffrir de l’absence de nos aînés. Au niveau des échanges entre les générations, cela risque d’être dramatique également.

N’oublions pas que nous sommes avant tout des auteurs et non des animateurs d’ateliers, des médiateurs du livre. Pour cette partie de notre activité, qu’il me semble logique de considérer comme la plus importante, la situation est redevenue à peu près normale. Quelques contrats repoussés, des sorties aussi, et une frilosité généralisée qui amène certains éditeurs à rester sur les valeurs sûres…

Le gouvernement a mis en place des aides et ces dernières ont été les bienvenues pour nous aider à passer cette période difficile. Les auteurs sont éligibles au fonds de solidarité jusque décembre 2020 normalement et le fonctionnement de ce fonds est simple. Des aides ont été prévues aussi par la région Bretagne ; nous vivons sur une terre où la culture est une priorité.

Dans ce contexte, constatez-vous des dysfonctionnements de la chaîne du livre ? A l’échelle nationale, régionale, locale ?

Mise à part une frilosité généralisée compréhensible et les dysfonctionnements normaux de l’après-confinement, la chaîne du livre a redémarré… Et c’est peut-être là le problème. Elle a redémarré comme si rien ne s’était passé.

Quelques éditeurs ont différé des parutions pour ne pas « encombrer » la « machine » au redémarrage, mais les belles déclarations des grands maisons qui pensaient proposer une rentrée littéraire plus « light » par exemple, afin de laisser une chance aux livres parus au printemps (et confinés) d’avoir une vraie vie, sont restées lettres mortes. 511 romans ont paru au lieu de 524 en 2019.

Quelles transformations du secteur peuvent selon vous émerger de cette crise ?

Difficile à dire… Une prise de conscience globale sur ce que dit cette crise de notre façon de vivre, de cette société du « consommer toujours plus », de la place de l’être humain sur la planète.

Si cette dimension pouvait influencer le secteur du livre, ce serait vraiment intéressant. Publier moins mais mieux. Offrir aux livres des durées de vie plus longues.

Quelles mesures sont selon vous nécessaires pour dessiner un nouveau modèle vertueux pour la chaîne du livre ? A l’échelle nationale, régionale, locale ?

En librairie, le système de l’office et des retours a vécu. Aujourd’hui par exemple (il y a dix ans ce n’était pas le cas), la période de trois mois durant lesquels les libraires sont obligés de garder le livre en stock n’est plus respectée. Certains livres ont à peine le temps de sortir des cartons… qu’on les retourne.

Ce système est devenu un prétexte à ce que le plus de livres possibles circulent, à l’aller comme au retour, engraissant ainsi les comptes des grosses structures de diffusion-distibution, asséchant la trésorerie des libraires et poussant éditeurs (et auteurs par conséquence) à la surproduction.

Certains libraires ont déjà remis en question ce système, notamment les librairies indépendantes qui proposent de vrais choix avec un assortiment restreint.

Imaginer d’autres modes de distribution peut être une piste. Créer des coopératives de diffusion-distribution hors des logiques capitalistes, mutualiser des moyens (stockage, transport) permettrait sans doute à des structures éditoriales de taille modeste d’atteindre les librairies, au niveau local comme au niveau régional ou national.

Par rapport aux auteurs, il serait bon que le Rapport Racine ne reste pas dans les placards. Ce dernier a pointé de nombreux problèmes et proposé des améliorations concernant le statut des autrices et auteurs. Le développement important de la Ligue des auteurs professionnels et le travail d’associations plus anciennes telles que la Charte ou le SNAC BD pourraient être le signe de la naissance d’une vraie puissance collective. A suivre de près…

Plusieurs propositions apparaissent dans le débat public (lutte contre la surproduction, nouvelles pratiques de livraison, tarifs postaux préférentiels, remise minimale pour tous les libraires, service public de distribution de livre, politique de commande publique ambitieuse…) : qu’en pensez-vous ?

Ces propositions, mesures, prouvent que notre chaîne du livre est loin d’être vertueuse. Les petits éditeurs auto-distribués ont des difficultés à se faire une place chez des libraires qui sont envahis par les livraisons des grosses structures et les nouveautés. Une remise minimale pour les libraires semble difficile à mettre en place, compte tenu de tous les acteurs de la chaîne en présence. Où rogner quelques points de marge ? Une piste sans doute réside dans les fameux 5 % accordés aux clients qui ne profitent qu’aux grandes surfaces culturelles et surtout dans les 9 % accordés aux collectivités. Militons rapidement pour un véritable prix unique du livre !

Des tarifs postaux préférentiels seraient un grand progrès, notamment pour les éditeurs à taille modeste. Cette mesure est réclamée depuis des années, sans succès. Cela coûte plus cher pour un éditeur français d’envoyer un livre en France que dans le reste de l’Europe par exemple. Ce n’est pas très logique.

Mon papy tête en l’air

Depuis le 1er octobre, vous pouvez trouver ce nouveau volume de la collection Et si on parlait de… en librairie. Après la bipolarité (Ma mère à deux vitesses) et l’autisme (Mon ami hors du commun), on aborde la maladie d’Alzheimer dans Mon papy tête en l’air.

Le papy de Zoé vient passer quelques jours chez elle avant de rejoindre Les Tilleuls, la maison de retraite où il entrera bientôt. Zoé est heureuse de passer du temps avec lui, même si depuis quelques temps celui-ci semble avoir un peu perdu sa tête. Ce séjour ne sera certainement pas de tout repos…

« Depuis ce matin, papy est à la maison. Je suis contente. Papy ne peut pas rester seul. Ses bras et ses jambes fonctionnent bien mais pour sa tête, c’est une autre histoire. »

Très joliment illustré par l’ami Laurent Richard, avec l’éclairage du psychologue Baptiste Fiche, qui propose trois doubles-pages après l’histoire pour que les enfants puissent en connaître davantage sur cette maladie, la collection créée avec Hygée éditions (Presses de l’école des hautes études en santé publique) poursuit son chemin. Deux titres viendront l’étoffer au printemps 2021 et je vous en reparlerai bientôt avec plaisir.

Outil de médiation à l’intention des enfants, des familles, des associations et des professionnels de santé, cet album est l’occasion de faire réfléchir sur cette maladie et d’accompagner le jeune lecteur dans ses interrogations.

Mon papy tête en l’air. Benoît Broyart et Laurent Richard. Hygée éditions. 14,90 euros

Bientôt La Turmelière

Entre novembre et mars, je serai en résidence pour trois mois à La Turmelière, accueilli par l’association La Turmelière (affiliée à la Ligue de l’enseignement), logé juste à côté de ce magnifique château construit près des ruines du manoir où vécu Joachim Du Bellay. C’est tout près d’Ancenis dans le Maine-et-Loire. Même si je n’ai pas à me plaindre de mon environnement quotidien de travail, celui-là est assez idyllique, je dois dire.

J’ai la chance d’avoir été retenu pour y développer le scénario d’un nouveau projet de bande dessinée jeunesse construit autour de la remise en question du spécisme. J’ai choisi de m’interroger sur la place de l’humain dans la nature, du moins sur la place qu’il serait grand temps qu’il ait, prenant en compte donc les animaux autant que les végétaux qui l’entourent, sans se penser tout en haut de l’échelle. Si l’histoire et sa trame sont loin d’être construites, le but de la résidence est bien celui-là, se donner du temps pour produire ce scénario, j’ai quand même quelques éléments en tête déjà, un format pressenti (une trilogie) et un compagnon de route avec lequel je suis une fois de plus très heureux de travailler, Laurent Richard.

Cette résidence est accompagnée de tout un programme de médiation, d’ateliers proposés aux classes de deux territoires, d’interventions en médiathèque, d’expositions, de mise en valeur de mon travail ici et là. Un vrai bonheur à venir.