Carnet de bord de Plop

Depuis quelques semaines, vous pouvez trouver le Carnet de bord de Plop en librairie…

Plop est de retour en Bretagne avec son carnet de bord ! À la découverte de la Bretagne avec Solenn et Plop par Benoît Broyart avec des illustrations du Studio Crumble. Un album de jeux pour les enfants dès 6 ans !

« Je m’appelle Plop et je suis un extraterrestre.
Mon vaisseau spatial est tombé en panne dans un lieu qui s’appelle la Bretagne et je ne peux plus rentrer chez moi.
Heureusement, j’ai rencontré Solenn, une petite Bretonne de dix ans. Elle me guide dans la découverte de ce pays ; un véritable voyage initiatique, parsemé de mille et une aventures.
Tu as entre les mains le premier tome de mon carnet de bord.
Tu verras, je t’ai laissé des jeux et des défis à réaliser seul·e ou avec tes ami·e·s !
Amuse-toi bien.
Plop ! Plop ! Plop !
 »

Ce carnet de bord est le reflet des aventures de Solenn et Plop, une websérie de douze épisodes visibles gratuitement sur le net (http://www.bcd.bzh/becedia/fr/solenn-et-plop ou via YouTube). Le public est invité à suivre les aventures de nos deux héros, qui lui apporteront des connaissances sur la Bretagne.

Les aventures de Solenn et Plop sont également disponibles en breton et en gallo.

Chaque thème est expliqué grâce à un dialogue simple et humoristique entre Solenn et Plop, accompagné de nombreux jeux et activités pédagogiques et ludiques : mots mêlés, « cherche et trouve », dessins, labyrinthe, rébus, herbier à réaliser, etc. L’enfant confectionne son propre carnet de bord sur la Bretagne !

Disponible en librairie au prix de 11,90 €, vous pouvez aussi le commander auprès de Bretagne Culture Diversité ( commandez par mail, rajoutez 5 € de frais de port). Il est également en vente sur le site de la Coop Breizh.

Dialogue 1

– Tourne-toi.

– Comme ça ?

– Oui, encore un peu, qu’on te voie bien. Autrement, les gens comprendront pas.

– C’est mieux ?

– Oui, c’est mieux, mais dépêche-toi, on va pas y passer la nuit. Dans dix minutes, la salle sera vide. Ils partiront et tu resteras là comme un con. Ils veulent voir, tu comprends. Ils ont payé, t’as pas le droit de les décevoir. Montre de quoi tu es capable.

– Alors j’m’assois juste en face d’eux, comme ça ?

– Oui, combien de fois il faut te le dire ? Compte pas sur moi pour faire le boulot à ta place. Après tout, si t’es là, c’est que tu le veux bien. Tu peux encore partir. Ils vont te siffler mais si t’as pas le courage, c’est mieux que tu te barres.

– Non non, je reste.

– J’préfère ça. Alors on y va maintenant. Ouvre la bouche en grand. Mais putain, mieux que ça ! Tu peux pas ouvrir la bouche plus grand ? Ça m’étonnerait, avec tout ce que tu t’enfiles, tu devrais avoir l’habitude !

– J’fais de mon mieux, tu sais.

– Ferme-la. Mais boucle-la, j’te dis ! Non, j’voulais dire tais-toi, mais ouvre la bouche. Bon dieu, ce que tu peux être con ! Allez, on y va. Tire sur ta langue. Et applique-toi, sinon t’arriveras à rien. Mais tire, t’as peur qu’elle te reste entre les mains ou quoi ! Voilà, comme ça. Eh ben c’est pas trop tôt. Ces messieurs dames commençaient à s’impatienter. Tu vois, il suffit de se donner la peine. On obtient des résultats. Elle commence à sortir, c’est bien, c’est très bien. Prends tes deux mains, ce sera plus facile. Allez tire, mais tire j’te dis ! Fais-la descendre maintenant. Oui, c’est ça, tout en souplesse. Fais-la descendre en dessous du menton. Encore un p’tit effort. Allez, en arrière maintenant, de toutes tes forces. Qu’elle fasse vraiment le tour de ton cou.

Benoît BROYART, 25 juin 2020

Un tatou à tâtons

Le Tatou à tâtons, c’est d’abord un spectacle pour la petite enfance, cousu autour de berceuses du monde entier, créé par Géraldine Chauvel (chanteuse), Jean-Sébastien Hellard (accordéoniste) et Alexandre Aubert (graphiste et illustrateur). Le trailer est par ici.

D’ici quelques semaines, eh bien ce sera aussi… un très joli livre-CD, produit et édité par La Compagnie des possibles. Je suis heureux d’avoir pu participer à l’aventure. J’aime qu’on m’emmène sur des bateaux sur lesquels je n’ai pas encore navigué.

La trame de l’histoire existait déjà dans le spectacle, l’ossature du conte randonné était posé et les images d’Alexandre Aubert projetées en fond de scène. Je me suis attelé à un travail de réécriture pour adapter cette histoire aux exigences de l’album jeunesse.

Le résultat est très chouette. De nombreux talents réunis… Une vraie coopération.

Les livres sont sur le point de partir se faire imprimer. Il est encore temps pour vous de le pré-commander. N’hésitez pas. Cela sera de toute beauté. C’est par ici.

Le personnage

Il était venu frapper à ma porte sans visage, ou plutôt avec ses centaines de visages possibles, souhaitables ou peu recommandables. Je n’avais pris aucune précaution et je l’avais laissé entrer chez moi, sans mesurer ce qui tenait en lui de mon passé, sans le reconnaître vraiment.

Je l’avais sans doute déjà observé, scruté, croisé au moins ; et il s’était imprimé en moi comme tant d’autres. En tout cas, nous avions été en contact, c’était une certitude. Depuis, après qu’il ait rejoint le grand réservoir au fond de mon œil où ils s’entassent toutes et tous, je l’avais digéré.

Impossible d’en être certain mais il était probable qu’il s’agisse donc d’un retour, de son retour parmi moi. Peut-être aurais-je dû être plus méfiant. Mais ce n’est pas dans ma nature. J’ouvre les bras dès que l’occasion se présente, prêt à nouer des relations avec le premier venu. Ou plutôt, disons que j’apprécie de me faire envahir. Je me sens moins seul.

Une fois dans mon vestibule, il s’était effacé brutalement. Quelques secondes avaient suffi. Soudain, il n’était plus qu’une ombre, une enveloppe vide, un souffle. En tout cas il était devenu volatil presque, aussi fragile que du papier à cigarette. Il fallait agir avec précaution. Il aurait pu se déchirer à la moindre brusquerie. En quelques secondes, il était redevenu un inconnu et se tenait loin de tous mes souvenirs. Un parfait inconnu.

J’avais passé alors un temps infini à sculpter ses contours, à lui redonner de l’épaisseur, à m’occuper de l’intérieur de son corps aussi, os, cœur et boyaux, muscles, cerveau. Je lui avais trouvé des amitiés, des amours. J’avais écrit l’histoire de sa famille, l’ennui profond durant ses années de lycée, tout ce temps qu’il avait passé à chercher un travail ensuite, ayant raté son bac, ses longues errances dans les rues, la nuit, à moitié saoul, désespéré de n’être rien ou si peu. Je lui avais cousu d’office un passé assez lourd. Je m’étais glissé dans son présent. Ensemble, nous aurions pu prendre le temps nécessaire et lui trouver un futur à sa mesure. J’étais prêt à en débattre avec lui, à voir ce qui lui aurait convenu, à faire des concessions.

Mais après tous mes efforts, des mois de travail pour le façonner, il était finalement reparti, comme si rien ne s’était passé entre nous, sans un remerciement. Ma proposition ne lui avait pas convenu. J’avais échoué.

Benoît BROYART, 17 juin 2020

Sous la cendre

Dans un mois paraîtra chez Tri Nox éditions mon nouveau roman de littérature générale, vingt ans après mon premier, paru au Rouergue en 1999, dans la collection La Brune.

Mon éditeur propose un système de précommandes. Si vous le commandez avant la date de parution, les frais de port vous sont offerts. Alors hâtez-vous…

Vous trouverez aussi ce roman chez votre libraire dès le 8 juillet.

Voici la présentation qu’en fait Stéphane Batigne, l’éditeur :

Qui est cette femme venue se glisser dans le lit du père, peu de temps après la mort accidentelle de la mère ? Pour le père, c’est une bénédiction, un océan de sensualité, un corps dans lequel il plonge de tout son être, de toute sa virilité retrouvée. Mais pour Paul et Anna, cette belle-mère surgie de nulle part n’est pas totalement bienveillante, pas totalement innocente, pas totalement naturelle… Est-elle même vraiment humaine ? Nourris par les contes de fées qu’Anna, muette, écrit dans ses carnets, les deux adolescents comptent bien démasquer celle qu’ils soupçonnent de terribles desseins. La démasquer. Et l’éliminer.

Vingt ans après un roman paru aux éditions du Rouergue (Le corps en miettes) et la publication récente d’un roman graphique chez Glénat sur Antonin Artaud (Nanaqui, dessins de Laurent Richard), Benoît Broyart propose avec Sous la cendre un huis-clos familial lourd et sombre inspiré par les plus noirs des contes traditionnels.

Si tu savais

En 2012, j’ai publié ce court texte chez Oskar éditeur, dans leur collection Court-métrage. J’en ai récupéré les droits récemment, le livre étant épuisé. Je vous en propose la lecture. J’espère qu’il vous plaira.

Je l’ai écrit pour dire mon amour de la poésie en général et celui de la poésie de Robert Desnos en particulier…

Si tu savais

Ce livre-là, je l’ai volé. J’ai aimé ça, sentir que mon cœur battait vite et fort. Le moment où on se dit qu’une grosse main pourrait bien se poser sur votre épaule – Hep, jeune homme. Tu fais quoi, là ? –, c’est excitant. La vie devrait être pleine de moments comme ça. Des instants où ça cogne dans la poitrine. J’aime les sensations fortes. Vivre et ne pas végéter. Autrement, à quoi bon ? Longtemps que je cherche les déflagrations. Voler ce livre-là, c’était bon. Un plaisir simple et solitaire.

La pression est montée petit à petit. Mes jambes se sont contractées quand je suis entré dans la librairie. J’ai dit bonjour. Je suis un voleur poli. Je savais déjà que si je voyais le livre de Robert Desnos, je le prendrais. Corps et biens, collection Poésie Gallimard. J’avais toutes les références, et je me souvenais surtout d’un morceau de texte qu’on avait étudié en classe. Ça s’appelait À la faveur de la nuit.

 « Ferme les yeux. Je voudrais les fermer avec mes lèvres. » 

Je n’avais jamais rien lu de pareil. Je ne sais pas pour qui Robert Desnos avait écrit ça, mais elle avait de la chance. Il avait dû faire un malheur. Il me fallait son livre.

Je voulais écrire des poèmes qui ne seraient pas ridicules et j’avais besoin d’un modèle. Pour l’instant, j’étais juste arrivé à aligner quelques phrases creuses. Quand je vois tes yeux, j’aimerais m’y noyer ou Dès que tu passes près de moi, je ne suis plus personne et d’autres trucs du même genre. Je vidais ma corbeille au moins une fois par jour et, comme tout poète qui se respecte, faisais brûler mon petit tas de papier au fond du jardin. Je regardais alors les phrases ratées se tordre puis partir en fumée avec satisfaction, une des cigarettes de mon père accrochée aux lèvres. Il fallait que ça cesse. Il fallait que ça change. C’était urgent.

Je devais me mettre à écrire vraiment. Des choses que personne d’autre avant moi n’avait trouvées. À cause d’Anaïs. Elle était arrivée dans la classe depuis un mois et déjà, elle m’avait arraché le cœur avec les dents. Les sensations fortes, c’est sûr, c’était avec Anaïs comme jamais auparavant. Ça cognait dans mon thorax dès qu’elle était à moins de dix mètres. Mais impossible de l’approcher sans trembler. Pour l’instant, j’avais fait semblant de l’ignorer ou presque parce que j’avais juste peur de m’étaler, de m’écrouler devant elle avant même d’avoir ouvert la bouche. Un vrai poème, c’était la seule solution. De toute façon, ce qu’elle me faisait à l’intérieur, je ne pouvais pas lui dire en face. J’allais lui écrire mais pour ça, je devais trouver des mots puissants. J’avais du travail, et Robert Desnos allait m’aider.

Le rayon poche est au sous-sol. Il n’y a pas de caméras. Juste des miroirs, mais si on s’y prend bien, on peut y arriver. En descendant l’escalier, j’ai senti un peu de sueur couler dans mon dos. J’y étais presque. Le vendeur avait la tête dans un carton. Le livre était juste devant moi. Il y avait une photo de Robert Desnos sur la couverture. Il avait l’air fatigué. De grands cernes noirs soulignaient ses yeux. Rien d’étonnant, il avait dû en passer des nuits blanches pour arriver à écrire des phrases aussi belles.

J’ai attrapé le livre et je l’ai enfoncé dans mon pantalon, sous mon pull. Je suis remonté au rez-de-chaussée de la librairie. J’ai tourné un peu dans les rayons en prenant l’air de chercher quelque chose d’autre. Heureusement que personne ne m’a adressé la parole à ce moment-là. Je suis sûr que j’avais le visage du coupable idéal. Deux minutes plus tard, j’étais sorti et devenu insoupçonnable. Pourtant, j’ai continué à suer pendant au moins cinq cents mètres. Dans une rue déserte, j’ai enfin libéré Robert Desnos et j’ai mis le livre dans mon sac. Il était à moi, maintenant.

***

Il n’y avait personne à la maison quand je suis rentré. Juste un mot sur la table de la cuisine. Mange sans moi si tu veux, je serai là vers vingt heures. Mon père avait la bonne idée de faire des heures sup, c’était parfait. Je ne l’aurais pas sur le dos. La nuit était tombée d’un seul coup. J’ai repensé aux cernes sous les yeux de Robert Desnos. L’obscurité était forcément un bon moment pour les poètes. J’avais deux heures de tranquillité devant moi. Deux heures pour passer à la vitesse supérieure, c’était peu. Mais je n’avais pas le choix si je voulais attirer l’attention d’Anaïs.

Dans la classe, il y avait une majorité de gros lourds avec lesquels je ne me sentais aucun point commun. Ils draguaient comme on va à la chasse ou à la pêche. Anaïs n’était pas sensible à ça. D’ailleurs, depuis qu’elle était arrivée, je ne l’avais vue embrasser personne. Sans doute parce que personne ne lui avait écrit de poème.

Mais une fois que je serais parvenu à lui faire lire le plus beau poème jamais écrit, il se passerait quoi ? Elle allait venir vers moi ? C’est ça. Je la voyais déjà s’approcher. Elle aurait un sourire qui ne me laisserait aucun doute. J’avais besoin de ce sourire-là. Autrement, je resterais coincé tout au fond de moi, comme d’habitude. Incapable de faire le moindre geste. Il fallait qu’elle s’approche, qu’elle me sourie puis qu’elle me prenne la main. Au moins ça.

Déposer quelques mots dans son sac, surtout à un moment où elle ne pourrait pas me voir, c’était tout ce dont j’étais capable. J’allais lui ouvrir mon cœur en grand, mais elle trouverait peut-être ça ridicule. J’aurais la honte de ma vie. Aucun sourire cette fois ou juste un presque-sourire pour se moquer. C’est toi, le poète ? Je préférais penser que mon plan réussirait. C’était le seul que j’envisageais, de toute façon.

Je suis monté dans ma chambre en faisant un crochet par le bureau de mon père. Il laissait toujours un paquet de cigarettes dans son tiroir, heureusement. J’allais avoir besoin de fumer. Je me suis enfermé dans ma grotte par réflexe. Ça ne servait à rien puisque j’étais seul. Je me suis approché de ma table. D’abord lire avant d’écrire quoi que ce soit. Considérer Desnos comme un grand frère et non comme un maître. La période que je vivais, il avait dû connaître ça, lui aussi. Il s’en était sorti et il était passé à la postérité. Il fallait que je m’applique. Les phrases manquées, je les collectionnais. Ça n’avait que trop duré.

J’ai pris le livre qui devait m’ouvrir en grand les portes de la poésie et j’ai commencé ma lecture. J’avais des difficultés à trouver un rythme. C’était différent des romans. Là, c’était comme du langage concentré. Ça ne racontait pas une histoire. Ça décrivait des sensations avec des images. L’avantage était aussi qu’on pouvait ouvrir le livre à n’importe quelle page pour piocher des phrases.

Et puis je suis tombé là-dessus :

« Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres. »

Moins de dix mots. J’ai relu ça je ne sais pas combien de fois. C’était exactement ce que je ressentais. L’étoile qui s’éteignait et les lèvres d’Anaïs qui risquaient de s’éloigner. Quelque chose de puissant et de triste à la fois. Un instant, j’ai pensé que puisque je ne ferais jamais mieux, j’allais recopier ça sur une feuille pour Anaïs. Elle comprendrait. Mais je ne pouvais pas voler les mots de Robert Desnos. Je n’étais pas un imposteur. J’ai découvert encore quelques merveilles en poursuivant ma lecture.

« J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser surma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être. »

Au fond, il suffisait peut-être que je me laisse aller. J’avais entendu parler de ça. L’écriture automatique. Et dans ce domaine, Desnos était un génie apparemment. J’allais me brancher sur le bon canal comme on le fait pour écouter la radio. Le jack enfoncé directement dans le cœur. Et là, les mots allaient s’aligner d’eux-mêmes.

J’ai allumé une cigarette et j’ai pris mon stylo. Dans une heure, il serait trop tard. Mon père frapperait à la porte et m’assommerait avec ses questions. Tu n’as pas mangé ? Tu n’as pas trouvé le mot que je t’avais laissé ? J’avais encore un peu de temps avant de retomber dans le quotidien. Devant la feuille, j’ai essayé de ne pas avoir peur. J’ai écrit des mots puis j’ai rayé. J’ai recommencé des dizaines de fois. C’était nul. Comme d’habitude. Puis j’ai fermé longtemps les yeux pour voir Anaïs. Je voulais qu’elle marche en moi. J’aurais aimé que tout son corps tienne en moi. Et soudain, je l’ai sentie si proche que j’aurais pu la toucher, en rêve.

À ce moment-là, en bas de ma feuille, j’ai écrit une phrase qui m’a semblé être un morceau de poème. Aucun mot pour traduire le mouvement de ton corps dans la marche. Là, je tenais peut-être quelque chose.

***

Comme tous les matins, j’ai fait mon sac deux minutes avant de partir. J’entendais mon père de l’autre côté de la porte… comme tous les matins. Tu es prêt ? Dépêche-toi un peu, tu vas louper ton bus. La veille, j’avais arrêté juste à temps ma première vraie expérience poétique. Desnos avait joué son rôle. Sa lecture m’avait permis d’accéder à une partie de moi que je ne connaissais pas encore. Une grosse boule d’émotion forte sur le point d’éclater, avec Anaïs qui tenait toute la place à l’intérieur. La phrase que j’avais sortie de cette pelote contenait, j’en étais sûr, une part de magie. C’était précieux. Aucun mot pour traduire le mouvement de ton corps dans la marche. Anaïs apprécierait, sans doute.

J’avais vite compris que la solution n’était pas de se laisser aller vraiment. C’était plus compliqué. Bien sûr, il fallait ouvrir les vannes avec la prise branchée dans le cœur, mais ça ne suffisait pas. Écrire, c’était surtout comme marcher sur des dalles mal jointes et glissantes. Ce qu’il fallait capturer, c’était le moment juste avant la chute. Ce petit morceau d’équilibre instable et miraculeux dans lequel les images poétiques se tiennent, prêtes à être saisies. J’avais recopié la phrasesur un papier blanc en sortant de mon lit, après avoir vérifié qu’elle sonnait aussi bien que la veille. C’était sûr, je n’avais rien à ajouter. Anaïs comprendrait. J’avais signé ma déclaration puis je l’avais glissée dans une enveloppe.

Je suis sorti de la maison en coup de vent, après avoir lancé un Bon, j’y vais, à ce soir à mon père comme chaque matin. Le bus était bondé. J’ai réussi à avancer de trois mètres puis je me suis immobilisé, coincé entre un gros moustachu qui sentait la sueur et une femme qui cachait son âge sous des tonnes de maquillage. J’avais mon sac dans le dos et, à l’intérieur, l’équivalent d’une bombe. D’ici quelques heures, ma vie allait changer. J’allais passer à l’acte aujourd’hui. Après, les dés seraient jetés. Je deviendrais un héros ou un raté. Personne n’était au courant de rien pour le moment. À part le fantôme de Robert Desnos qui me suivait comme une ombre avec son œil bienveillant. J’ai vu mon visage qui se reflétait dans la vitre du bus. Il souriait.

Je suis arrivé au lycée quand ça sonnait. C’était parfait, je n’avais aucune envie de croiser Anaïs maintenant. En marchant dans les couloirs, j’ai eu la sensation que mon sac était devenu transparent, que les murs avaient des oreilles hypersensibles et que tout le monde était au courant de mon expérience de la veille. C’était stupide, je le savais bien. Personne ne pouvait se douter de quoi que ce soit et d’ailleurs, tout le monde se foutait de ce que je pouvais bien faire le soir, dans ma chambre. N’empêche qu’en marchant, j’avais les jambes molles et le cœur un peu trop serré. Je n’étais plus sûr de rien, persuadé que sur mon front, les mots N’importe quoi venaient de s’inscrire en rouge. J’allais dans le mur, et Desnos ne pourrait rien pour moi, cette fois-ci.

Le secret que je portais dans mon dos ne tiendrait pas longtemps. En classe, je me suis assis à côté de Philippe. J’étais sûr qu’il ne soupçonnerait rien, lui, et ne serait pas intrigué par les lettres sur mon front. La poésie et les filles ne faisaient pas partie de son monde, de toute façon. Bien sûr, il avait sorti une feuille le premier, attendant, comme s’il avait soif, les équations que M. Hulme allait nous demander de résoudre. De mon côté, j’avais renoncé aux mathématiques depuis la quatrième et je ne savais pas pourquoi j’avais atterri en section scientifique. Erreur de casting. Heureusement que M. Hulme n’a pas eu l’idée de m’envoyer au tableau. Mon cahier d’exercices était vide, et je n’avais pas envie de me faire remarquer. Comme chaque fois, le début du cours a été interminable. Je ne regardais pas le tableau. Anaïs était installée loin de moi, inaccessible. En une heure, j’ai juste eu le temps de faire passer l’enveloppe de mon sac à la poche de mon pantalon, discrètement. Ça m’a donné des sueurs froides. Je savais que j’étais sur le point de me jeter dans le vide. Il me restait le plus important. Atteindre le sac d’Anaïs.

La pause entre les deux heures de maths semblait le moment idéal. J’ai réussi mon coup avec plus de facilité que je ne l’aurais pensé. L’avantage est qu’en réalité, c’est moi qui suis transparent, pas mon sac. Personne ne me regarde. Je n’existe pas. J’ai attendu un peu avant de sortir. Anaïs était déjà dans le couloir quand je suis passé devant sa table. J’ai modifié mon plan et j’ai enfoncé l’enveloppe dans sa trousse. Une décharge électrique m’a traversé tout le corps. Sensation ultra forte. Elle allait trouver ma déclaration dès qu’elle reviendrait s’asseoir. J’ai rejoint le reste de la classe dans le couloir et me suis appuyé contre le mur, un peu à l’écart. Je ne savais pas quand j’allais m’écraser, mais c’était comme si les réacteurs de l’avion dans lequel j’étais monté venaient de prendre feu.

***

J’ai passé le reste du cours de maths à surveiller les mains d’Anaïs, mais à aucun moment elle ne les a plongées dans sa trousse. Ça valait peut-être mieux comme ça. Après tout, tant qu’elle n’avait pas découvert le poème que j’y avais placé, mon rêve tenait bon dans la réalité et je pouvais m’y accrocher.

La sonnerie m’a fait sursauter. Anaïs a rangé son stylo sans rien remarquer, et j’ai senti que les choses se compliquaient. La bombe était dans son sac, je n’avais aucune idée du moment où elle allait exploser, et cette perspective me mettait dans un drôle d’état. Il y avait trop de pression en moi. Je me sentais fragile, et si la situation ne se dénouait pas rapidement, j’allais éclater en mille morceaux. J’avais peur. Je me suis demandé comment j’avais pu être à ce point naïf. Devenir un grand poète en un soir, c’était forcément impossible.

La journée s’est étirée comme jamais. À croire que le monde autour de moi s’était mis à marcher au ralenti pour m’imposer une épreuve de plus. Durant cette attente interminable, j’ai guetté le moindre changement sur le visage d’Anaïs, le moindre indice qui aurait pu signifier qu’elle avait trouvé mon poème. Peine perdue. Elle avait le même comportement envers moi que d’habitude : elle ne me regardait pas. Dépité, je n’ai pas eu la force d’affronter la fin de la journée. Rongé par le doute, j’ai séché la séance de sport de l’après-midi et je suis rentré à la maison. Mon père m’écrirait un mot pour le lendemain. Veuillez excuser mon fils pour son absence en sport. Ce dernier souffrant de lombalgie, etc. Il le faisait à chaque fois que j’en avais besoin.

Dans le bus du retour, j’ai pris le livre, que j’avais gardé dans mon sac, et je l’ai ouvert au hasard. Un fantôme bienveillant, ça ne me suffirait pas. C’était un peu ridicule, mais je me suis raccroché aux poèmes de Desnos une nouvelle fois. Je lisais des bribes. Je tournais les pages très vite comme j’aurais tourné une roulette de casino. Où était la bonne case ? Où se cachait la clé ? Au détour d’une image, Desnos allait me dispenser un conseil. Les sentiments, c’était sa spécialité.

Les mots me traversaient sans laisser de trace. Je pensais trop à Anaïs, elle prenait toute la place. Au moment où je m’y attendais le moins, c’est Desnos lui-même qui m’a poignardé dans le dos. Une phrase que mes yeux ont saisie au hasard m’a achevé. Elle sonnait pour moi comme une prémonition. La poésie me permettait de lire ce qui était inscrit entre les lignes comme jamais, mais cette fois, j’aurais vraiment préféré m’en passer. Desnos avait écrit pour moi, c’est sûr, ce qui suivait :

« J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ? »

Mon grand-frère en poésie me glissait à l’oreille une très mauvaise nouvelle. Alors que j’étais sur le point de me noyer, il m’appuyait sur la tête. J’ai failli manquer mon arrêt de bus. Je suis sorti juste avant que la porte ne se referme et j’ai eu pendant un moment envie de balancer Desnos et ses poèmes prémonitoires. Ces mots-là, il pouvait se les garder. J’aurais voulu qu’ils disparaissent au fond d’une poubelle, sous des dizaines de pots de yaourt vides et d’épluchures de légumes. J’étais en colère. Je me sentais trahi et impuissant. Trahi parce que cette poésie qui me semblait si juste hier ne m’avait servi à rien, à part m’entraîner dans une impasse. Impuissant parce qu’ils avaient de la chance, ceux qui ne restaient pas bloqués en eux-mêmes. Ils se seraient avancés vers Anaïs pour lui poser la question simplement, sans élaborer des coups aussi tordus que les miens. Anaïs, tu veux sortir avec moi ? J’étais un incapable. Aucun mot pour traduire le mouvement de ton corps dans la marche. N’importe quoi. Anaïs ne comprendrait rien.

Il n’y avait personne à la maison quand je suis rentré et le même mot que la veille sur la table de la cuisine. Mange sans moi si tu veux, je serai là vers vingt heures. Je suis monté dans ma chambre, j’ai tiré les volets et me suis allongé en fermant les yeux. Je voulais garder encore un peu Anaïs en moi. Derrière mes paupières, puisque je ne dormais pas, je restais totalement maître du rêve que j’avais construit. J’étais à la veille d’un grand effondrement. Le presque-sourire moqueur qu’elle me lancerait demain m’anéantirait. Je redeviendrais alors le petit tas de sable insignifiant que tout le monde écrase et que j’avais toujours été. Mais j’avais le droit de garder Anaïs prisonnière quelques heures encore, en plein milieu du cœur. Personne ne m’en empêcherait. Et la poésie n’avait rien à faire là-dedans. Desnos pouvait rester au fond de mon sac.

***

Comme tous les matins, la voix de mon père a traversé la porte de ma chambre. Tu es prêt ? Dépêche-toi un peu, tu vas louper ton bus. Mais cette fois, j’étais encore dans mon lit. Je m’étais endormi tard dans la nuit et je n’avais pas entendu mon réveil. J’aurais préféré rester définitivement sous ma couette et ne plus retourner au lycée, mais je savais que si je ne bougeais pas, mon père reviendrait à la charge deux minutes plus tard. Inutile de résister. Je n’avais pas envie d’attirer son attention non plus, j’avais peur qu’il me pose des questions auxquelles je n’aurais pas envie de répondre. Tu en fais une tête. Quelque chose ne va pas ? Tu sais que tu peux me parler, mon garçon. Impossible de lui expliquer ce que je vivais avec Anaïs, ou plutôt ce que je ne vivrais pas avec Anaïs. Ça ne le regardait pas. Il ne comprendrait rien et finirait par me sortir une phrase du style Une de perdue…

Je me suis levé et j’ai préparé mes affaires en deux minutes, en prenant soin d’expulser Robert Desnos de mon sac. J’ai regardé un moment ma corbeille à papier mais finalement, j’ai posé le recueil de poèmes sur mon bureau. Il resterait dans la chambre toute la journée, et ma table de travail serait pour lui un purgatoire. Personne ne parcourrait ces lignes. Il l’avait bien cherché. J’étais terrorisé à l’idée de rouvrir ce livre qui semblait tout savoir de moi. Hier, quand j’avais lu la phrase qui m’assurait que tout était perdu d’avance, j’avais eu la sensation d’être vulnérable. C’était même pire. Desnos avait su regarder au fond de moi ce que je tenais de plus secret. La poésie avait un pouvoir que je détestais, celui de mettre à nu.

Je suis sorti de la maison en coup de vent comme si de rien n’était, alors que j’étais anéanti, après avoir lancé un Bon, j’y vais, à ce soir à mon père. Il était tellement préoccupé par son travail, il n’a même pas remarqué que je n’avais pas déjeuné. J’avais des nœuds plein l’estomac et je n’aurais rien pu avaler. Une nuit entière était passée sur la plus grosse erreur de ma vie, et j’étais certain qu’Anaïs savait maintenant. J’allais au casse-pipe. Après m’avoir arraché le cœur, elle allait me trancher la tête. Un beau carnage.

Je suis descendu du bus deux arrêts avant le lycée. J’avais besoin de marcher. Peu m’importait d’arriver en retard. La journée commençait par deux heures interminables de maths, et mon cahier d’exercices était désespérément vide.

Je suis arrivé en classe quand M. Hulme fermait la porte. Allez ! Il se dépêche un peu. Il voit bien qu’il est en retard. Je me suis assis en évitant de relever la tête mais ça n’a pas loupé, il m’a envoyé au tableau. Il m’apporte son cahier. Les pages se sont ouvertes sur tout le vide que j’avais accumulé depuis des semaines et M. Hulme a soupiré en refermant mon cahier. Il n’a pas fait ses exercices alors il retourne à sa place et il viendra me voir à la fin du cours.

Juste avant de me rasseoir, j’ai cherché Anaïs et mes yeux ont trouvé son visage. Elle m’a regardé en souriant, mais c’était impossible de savoir si le mouvement de ses lèvres avait un rapport avec le mot glissé dans sa trousse ou si ce qui l’amusait, c’était seulement la magnifique performance que je venais de réaliser au tableau. Un élève qui ne fait rien en maths dans une section scientifique, ça attire forcément l’attention. Mon cœur s’est mis à cogner fort et j’ai recommencé à imaginer n’importe quoi. Je me suis renfoncé dans mon rêve en me disant que tout n’était pas perdu. Je n’avais pas besoin de fermer les yeux, mais je n’étais là pour personne. À l’intérieur, les images défilaient à grande vitesse. Tout était possible. J’embrassais Anaïs et je ne voyais plus la salle de classe autour de moi. Je passais mes bras autour des hanches d’Anaïs et je n’entendais pas M. Hulme dicter ses équations. Anaïs me caressait les lèvres. Je n’étais pas en cours de maths.

Quand M. Hulme m’a demandé de venir le voir, je me suis contenté de hocher poliment la tête et de lui dire que j’allais faire des efforts. Il ne s’en est pas aperçu, mais il avait accès uniquement à la façade. Le reste de mon corps avait quitté la classe depuis longtemps.

Après m’avoir fait la morale, M. Hulme m’a enfin libéré, et j’ai suivi le couloir pour rejoindre la cour. Dans un coin de l’escalier, Anaïs m’attendait. Elle s’est avancée lentement vers moi. Elle était magnifique. Impossible de décrire le mouvement de ton corps dans la marche. Et j’ai cru que je ne parviendrais pas à rester debout tellement ça tapait sous mes côtes. C’est elle qui allait parler, heureusement. J’en aurais été incapable. J’ai voulu lui sourire, mais ma bouche s’est tordue. Mon corps me jouait souvent ce genre de tours. J’avais des difficultés à le contrôler. Je crois que je tremblais même un peu. Après quelques secondes, j’ai compris que mon exécution approchait, parce qu’Anaïs avait l’air embarrassée et non amoureuse.

– J’ai trouvé le mot dans ma trousse. Tu sais, personne ne m’a jamais écrit un truc pareil. C’est de la pure poésie. Bravo. Je suis touchée mais je ne sais pas quoi te dire de plus. Comment je pourrais te dire ? Entre toi et moi, ce n’est pas possible. Je suis désolée.

J’ai regardé Anaïs descendre l’escalier. J’avais des larmes qui commençaient à me tapisser le fond de la gorge mais je n’ai rien laissé sortir. Une immense tristesse a coulé en moi et je suis parti du lycée sans que personne ne me voie. Après un bref instant dans la lumière, j’étais redevenu transparent. J’allais rentrer à pied. J’avais besoin de marcher. Le rêve était fini, et la poésie ne m’était d’aucun secours.

***

J’ai tenté d’épuiser tous les kilomètres de goudron que j’ai trouvés pour m’éloigner du lycée. J’avais les jambes et le cœur en charpie. J’ai marché jusqu’à ce que la nuit tombe pour effacer l’empreinte du corps d’Anaïs, sans y parvenir. À l’intérieur, j’avais les chairs à vif et elle continuait d’y évoluer, contre son gré. Je n’avais pas envie qu’elle parte. Je n’avais ni colère contre elle, ni rancœur. Après tout, elle n’allait pas se forcer, mais il y avait le corps de celle que j’aimais palpitant en moi, et les images impossibles de nous deux continuaient à défiler dans ma tête. J’aurais pu marcher des heures encore, ça n’aurait rien changé. Il n’y avait aucun remède possible. Anaïs persistait et, à chaque pas, tout devenait plus noir dans ma tête. J’avais la sensation qu’il me faudrait un temps infini pour que je m’habitue à cette idée : ça ne se ferait jamais.

Bien sûr, il n’y avait personne à la maison quand je suis rentré, et j’ai fait un crochet par le bureau de mon père. Son paquet de cigarettes était vide. Je me suis enfermé dans ma chambre avec l’intention de ne plus en sortir. Une fois assis sur mon lit, les larmes ont mis un temps infini à percer et à couler sur mes joues. Rien n’éclatait. Je ne sanglotais pas mais ça faisait du bien. C’étaient de fines particules de tristesse qui s’échappaient. Je débordais.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté comme ça. Une bonne éternité à mon avis, car j’ai entendu la porte d’entrée se refermer. D’ici quelques minutes, mon père allait toquer à ma porte et tenter de me faire sortir de ma grotte.

J’ai regardé du coin de l’œil le recueil de poèmes. Il était toujours à sa place. J’ai repensé au moment où j’avais glissé ma déclaration dans la trousse d’Anaïs. Le courage qu’il m’avait fallu. Si j’avais pu me jeter au-dessus du vide et franchir ce fossé, c’était surtout grâce aux lignes que j’avais lues. J’ai attrapé le livre et je l’ai ouvert au hasard pour tester une dernière fois son soi-disant pouvoir magique. Les pages se sont cornées sous mes doigts qui tremblaient. Quelle serait la teneur du message, cette fois-ci ? Desnos resterait muet, sans doute, incapable de trouver une solution pour calmer la peine qui me rongeait. Mais ce que j’ai découvert m’a soufflé définitivement.

« Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers. »

En lisant, j’ai compris que l’écriture avait le pouvoir de transformer les gens et que je ne redeviendrais jamais le petit tas de sable que j’avais été avant ma rencontre avec la poésie. J’allais redresser la tête. Anaïs avait été touchée, même si ça n’avait pas suffi, et je n’avais pas été ridicule.

Desnos avait lu en moi une fois de plus, et sa main venait pour me sortir de l’eau froide qui glaçait mon sang. Comment pouvait-il être à ce point proche de ce que j’avais caché tout au fond ?

C’est ce soir-là que j’ai fait entrer le poète dans ma bibliothèque intime. J’ai rangé Corps et biens sur une de mes étagères. Mais ce n’est pas ça le plus important. Robert Desnos s’est fait surtout une place dans un coin de mon cerveau. Depuis, il n’en est pas ressorti. J’ai su grâce à lui ce que j’allais faire de ma vie. Et j’ai su également qu’avant de me remettre un jour à écrire pour déplacer des montagnes d’émotion et de sentiments, j’allais lire beaucoup. Mon cœur, en tout cas, n’était pas prêt de s’arrêter de battre.

Benoît Broyart, 2012

L’attentat

Bah voilà… retroussons-nous les manches !

L’attentat

Ils avaient agi la nuit. Ils étaient arrivés toutes et tous à l’heure pour que l’opération soit une vraie réussite. Longtemps qu’ils étaient enfermés, assignés à résidence, confinés. Le moment était enfin venu de sortir.

L’idée avait germé dans une première tête et s’était vite répandue. Une fois la décision prise, l’attentat retenu comme mode d’action, chacune et chacun avaient travaillé dans son jardin respectif afin d’en tirer le meilleur individu, assez jeune pour être déplacé. Parfois, il avait fallu plusieurs heures pour le choisir, le prélever et lui accorder les soins appropriés afin qu’il puisse tenir quelques heures hors de son milieu.

Les deux éléments les plus remontés du commando, les plus radicaux, n’avaient pas dormi la nuit précédente. Ils étaient tellement excités… Ils faisaient dorénavant partie d’une frange terroriste inédite. Leur action servirait d’exemple. Le pouvoir en place dans le pays, cette bande de pitres cyniques, serait bientôt renversé. Et le vieux monstre capitaliste s’écroulerait. En tout cas, ce serait l’une des premières étapes de quelque chose de neuf. La population attendait cela depuis longtemps, souvent sans le savoir. Davantage de partage, de solidarité. Personne ne pouvait se dresser contre un si beau programme. Tout juste quelques premiers de cordée qui finiraient par s’étouffer en mangeant leurs billets.

L’équipe avait rejoint le centre de la ville à pied, avec des bêches et des pioches, les armes les plus appropriées, enfin celles que tout le monde possédait plutôt. Une fois sur place, il n’y avait eu aucune effusion. L’action comptait avant tout. Les embrassades seraient pour après.

Toutes et tous s’étaient mis au travail sans perdre un instant, creusant avec application, après avoir défoncé le goudron à coups de pioche. Une fois l’espace dégagé, dix grands trous avaient été faits et les arbres placés.

Le lendemain, les élus auraient une surprise en arrivant à la mairie. Devant le bâtiment, dix arbres fruitiers, dans quelques années magnifiques. Dix arbres à partager. Un bien commun. Le monde allait radicalement changer.

Benoît BROYART, 4 mai 2020

Bas les masques

En 2005, à l’invitation de Soazig Le Bail, éditrice chez Thierry Magnier, j’ai répondu à une commande afin de fournir un texte pour un recueil collectif intitulé Nouvelles vertes, construit autour de la thématique de l’écologie. Le texte que j’ai écrit pour ce recueil s’appelait Bas les masques. Il résonne 15 ans après de façon assez singulière. Je vous en propose la lecture ci-après. Je n’ai changé aucun mot. N’hésitez pas à partager autour de vous.

Une fois déconfinés, il va falloir vraiment se bouger les fesses pour que notre monde reste respirable…

Bas les masques

Des semaines que ça dure. Je t’observe dès que tu tournes le dos, lorsque je suis certain que tu ne me regardes pas. Trop coincé pour t’adresser la parole. Trop coincé tout court. Ce que je préfère, c’est la façon que tu as de balancer ton sac sur ton épaule à la fin du cours. Tu lances un drôle de regard aux profs avant de quitter la salle. De la provocation. On dirait que tu attends une réflexion. Mais ça ne vient pas. Tu as de très bons résultats, alors les profs te laissent tranquille. Ils n’ont rien à dire. Derrière la vitre de ton masque, je vois briller deux petites billes foncées. L’épaisseur du verre m’empêche de connaître la vraie couleur de tes yeux mais je suis sûr que tu as les plus beaux de la classe. Aujourd’hui, tu es assise au premier rang. Tu ne bouges pas. Comme moi, tu attends que le vieil homme se mette à parler. Il se racle la gorge plusieurs fois et tousse. On dirait que son masque l’empêche de respirer.

*

« Bonjour à tous. Je m’appelle Michel Leroy. Votre professeur d’histoire a eu la gentillesse de m’inviter en qualité de témoin. Je ne suis pas là pour vous faire cours. Simplement, mon grand âge et mon passé de militant écologiste font que je connais assez bien le problème de la pollution atmosphérique. J’ai consacré la première partie de ma vie à la recherche et à la lutte, avant de proposer des interventions comme celles d’aujourd’hui. En vingt ans, j’ai rencontré des centaines de jeunes pour leur expliquer que nous n’avons pas toujours vécu ainsi.

On connaît mal, finalement, la cause principale de la dégradation de l’air. Les facteurs déclenchants ont été si nombreux qu’il paraît difficile, encore aujourd’hui, de trouver un coupable unique. Disons pour faire court que l’activité humaine, en quelques dizaines d’années, a abîmé la planète au point de nous obliger à porter cet accoutrement. Chaque matin, avant de quitter votre lit, vous avez appris à passer en revue tous les éléments de votre panoplie. Rien ne vous échappe ; vos parents ont su vous enseigner très tôt les gestes indispensables, heureusement. C’est devenu pour vous une habitude. »

*

Chloé, je donnerais n’importe quoi pour être là quand tu entres dans la bulle de ton lit, le soir, que tu enlèves enfin ta combinaison et ton masque. Quelle est la longueur de tes cheveux, leur couleur ? Rien ne dépasse. Autrement, le vêtement ne serait plus étanche et tu risquerais d’étouffer. Ta capuche est plus gonflée que celle des autres filles de la classe ; je parie que tu as les cheveux longs. Je les imagine lisses et noirs. Je donnerais n’importe quoi pour me trouver juste à côté de ton lit et te regarder dormir. Je serais invisible. Je ne te dérangerais pas.

J’aime la façon que tu as de marcher. Tu fais crisser le tissu épais à chaque pas. Je fonds dès que tu marches devant moi. Il faudra que j’arrive à te parler. Ce n’est pas gagné. J’ai peur que tu ne me répondes pas, que tes yeux deviennent durs derrière ton masque. Tu n’ouvres pas la bouche mais tu sembles me dire : Pourquoi m’adresses-tu la parole ? Une fille comme moi, tu rêves ? Tu n’aimes pas parler. Tu le fais seulement quand tu es obligée. C’est bien pour ça que tu détestes la prof de SVT. Chloé, pouvez-vous me donner la définition d’un saprophyte, s’il vous plaît ? On dirait qu’elle le fait exprès. Elle voit bien que tu n’as pas envie. Une petite voix métallique finit par sortir de ton masque. Une voix qui ne te ressemble pas. Tu butes sur un mot, reprends ta respiration et manges la moitié de la phrase. Comme si ça ne suffisait pas, l’autre te demande de répéter. Parce qu’il faut que toute la classe entende. J’ai le même problème. Ça nous fait un point commun. Tous les deux incapables de hurler.

*

« En classe, vous avez étudié les dates les plus importantes. J’aimerais revenir aujourd’hui sur ce que les gouvernements ont considéré à l’époque comme des détails. Sachez que les choses se sont faites petit à petit. C’est pourquoi je reste persuadé qu’un tel désastre aurait pu être évité. Vous avez sans doute entendu parler des manifestations d’octobre 2020. Je crois que c’est au programme de seconde. Je ne me trompe pas, madame Blain ?

– Vous avez raison. Nous l’avons étudié il y a une quinzaine de jours.

– Très bien. C’est donc encore frais dans vos esprits. J’avais trente ans. Les manifestations se succédaient, parfois très violentes. J’étais au premier rang avec les militants les plus radicaux. Imaginez-vous. Nous avancions à visage découvert. Les masques n’étaient pas encore obligatoires pour tous. Il étaient réservés aux plus fragiles. Les enfants, les vieillards et les malades. Cette disparition progressive des visages nous semblait dramatique. Nous craignions de voir arriver le jour où nous serions tous obligés de nous protéger. »

*

Ton visage, je me le suis imaginé souvent. J’ai laissé longtemps grandir en moi le peu de détails que notre équipement permet de connaître. L’autre soir, j’ai même essayé de te dessiner. Chloé, je voudrais que tu sois ma première fois. Je prendrai soin de t’enlever le masque moi-même. Lentement, je caresserai ton front, tes yeux, ton nez puis ta bouche avec mes deux mains pour que nous fassions vraiment connaissance. Tu rêves. Une fille pareille ne sera jamais pour toi.

Monsieur Leroy s’est arrêté pour reprendre son souffle. Un sanglot lui a échappé puis il est resté un moment silencieux. J’ai cru que Mme Blain allait finir à sa place.

*

« Excusez-moi. Je suis toujours très ému quand je repense à cette époque. Si nous avions pris les mesures nécessaires, nous n’en serions peut-être pas là. Il aurait fallu agir avant, de toute façon. De nombreux signes auraient dû nous alerter. Mais c’était chaque fois la même chose. Appliquer le principe de précaution demandait trop d’efforts. Et les scientifiques tardaient à trouver des preuves. C’était possible que la forte émission de gaz à effet de serre soit responsable de la modification du climat mais difficile de le démontrer. La température a augmenté régulièrement et l’ozone a fait les ravages qu’on sait dans les grandes villes. Nous sommes parvenus à une telle concentration qu’il est devenu impensable depuis longtemps de respirer sans masque.

Combien de visages connaissez-vous aujourd’hui ? Une dizaine, peut-être un peu plus. Disons une vingtaine. C’est dramatique de devoir s’isoler ainsi pour vivre, d’avoir vu finalement si peu de ses semblables ? Pas de visage, pas de corps. Rien ne doit dépasser sous peine de mort. C’est insoutenable ! Et on pourrait multiplier les exemples. Avez-vous posé votre nez, ne serait-ce qu’une fois, sur une fleur pour respirer son parfum ? »

*

Il tousse et suffoque après chaque mot. Cela devient difficile de saisir le sens de ses paroles. Il a fini par adopter un ton amer, comme s’il en voulait à la terre entière. J’aimerais lui dire que nous n’y sommes pour rien, que nous l’avons trouvée comme ça la Terre, et qu’il nous faut bien vivre avec.

*

Tu t’es retournée. J’ai cru d’abord que tu m’avais entendu penser et que ton regard était pour moi. J’ai vu tes deux petites billes sombres, soudain inquiètes. En réalité, tu as vite compris qu’il se passait quelque chose de dramatique. C’est Mme Blain que tu as regardée se lever. Les propos du vieil homme commençaient à devenir incohérents. Il ne lisait plus ses feuilles depuis longtemps.

La prof a traversé la salle en courant dès qu’elle a vu M. Leroy plaquer ses deux mains sur son masque pour l’enlever mais elle n’a rien pu faire. Le vieil homme n’a pas voulu l’écouter. Il a utilisé ses dernières forces puis nous a regardés un moment sans rien dire. Je crois qu’il a essayé de sourire. Je m’étais trompé sur son compte. Il voulait nous offrir son visage. Il souffrait trop de porter ce masque en permanence. La classe a eu un mouvement de recul. La peur et le manque d’habitude. Certains se sont mis à crier parce qu’ils ne comprenaient pas son geste.

J’ai regardé le vieil homme bien en face. Il était plein de rides et avait les yeux très clairs. J’aurais voulu faire comme lui, juste pour qu’il voie mon sourire. Quelques secondes. Il aurait fallu que je retienne ma respiration. Je suis sûr que Chloé était à deux doigts de le faire aussi. Je me suis dégonflé au dernier moment.

Le vieil homme est tombé inanimé au pied du bureau au bout d’une minute. La prof a ouvert la fenêtre et fait de grands signes aux infirmiers. Ils sont entrés dans la classe et ont placé M. Leroy sur le brancard. Nous ne l’avons plus revu. Mme Blain nous a appris récemment qu’il s’en était sorti de justesse. Il restera à l’hôpital quelques semaines pour se reposer.

*

Cette nuit, tu viens dans mon rêve. Nous marchons tous les deux dans la rue. Tes cheveux cachent tes épaules. Tu te tournes vers moi pour savoir si je veux bien t’accompagner dans un grand parc. Je regarde tes lèvres rouges bouger et te suis sans répondre. Je suis fasciné par la pâleur de ton visage. Il y a de grands arbres autour de nous. Les oiseaux font un bruit d’enfer. Tu me prends la main au moment où je ne m’y attends pas. Ça y est, c’est sûr, nous sommes ensemble et tu vas m’embrasser sur la bouche.

Benoît BROYART, in Nouvelles vertes, éditions Thierry Magnier, 2005

Les confinés décalés

Avec le confinement, il y a eu des retards dans les parutions prévues…

Je vous présente les nouveautés qui arriveront en librairie entre le 29 mai et cet automne. J’espère que vous réserverez bon accueil à ces quelques livres qui s’inscrivent dans des genres différents. Les années passant, je concentre mes efforts afin de travailler avec des éditrices et des éditeurs avec lesquels je suis vraiment en phase… Leur point commun ? Un respect du travail de l’auteur, une propension à coconstruire les ouvrages et la volonté de voir durer ces derniers, de ne pas alimenter la surproduction mortifère qui mine la bien trop longue chaîne du livre.

Remerciements chaleureux à Hygée éditions, La Cabane bleue et Tri Nox.

En toute logique, si vous pouvez acheter ces livres chez des libraires indépendants, en tout cas pas chez Amazon, eh bien je vous en saurai gré. L’immonde Jeff Bezos a tout de même réussi à s’enrichir durant le confinement, sans protéger ses salariés… Le monde d’après se passerait bien des services de ce malfaisant. S’il pouvait rester coincé dans l’espace-temps du temps d’avant, ça nous réjouirait beaucoup.

Mais revenons au sujet principal de ce billet. Les nouveautés donc. Si vous souhaitez avoir le détail de chaque ouvrage, cliquez sur sa couverture !

Confinés depuis… le confinement… donc un brin retardés, deux nouveaux titres de la belle collection Suis du doigt écrits pour la Cabane bleue, Suis du doigt le loup (illustré par Evelyne Mary) et Suis du doigt la tortue marine (illustré par Félix Rousseau). Le grand bonheur de voir une collection essentielle qui commence à s’étoffer. Destinés aux enfants à partir de 3 ans, ces documentaires ludiques vous raviront, je l’espère. Ils seront en librairie autour du 29 mai.

Merci aux éditrices de cette belle cabane, Sarah et Angela, pour leur confiance renouvelée. Très heureux de voguer sur ce bateau avec elle. En toute cohérence, des livres éco-conçus sur les espèces menacées.

Le 8 juillet, ce sera la date de mon grand retour… chez les grandes personnes. Merci à Stéphane Batigne de m’accueillir chez Tri Nox, petite maison de qualité sise en Bretagne. Si ce livre sort en littérature générale, il entretient de nombreux liens avec l’enfance, notamment avec le monde des contes. C’est un peu sombre, je crois, aussi.

Pour la fin de l’été et l’automne, poursuite de la belle aventure démarrée avec Hygée éditions, label des Presses de l’EHESP. Des albums conçus en deux parties. La première contenant une histoire illustrée mettant en scène ce que l’enfant traverse quand il côtoie la maladie, le trouble d’un parent, d’un ami. La seconde rédigée par Baptiste Fiche, psychologue, pour donner quelques clés. C’est comme si l’un des personnages rentrait dans le cabinet du praticien et obtenait des réponses adaptées aux questions qu’il se pose. Après Ma mère à deux vitesses, qui explorait la bipolarité, voici un titre sur l’autisme Asperger, Mon ami hors du commun (illustré par Benjamin Strickler, sortie en septembre) et un titre consacré à la maladie d’Alzheimer, Mon papy tête en l’air (illustré par Laurent Richard, sortie en octobre). Les livres appartiennent dorénavant à une collection que nous continuerons de développer, nommée Et si on parlait de….

Grand merci à Julie et à toute l’équipe de Hygée éditions pour leur confiance et leur enthousiasme.

Mon épaisse colère

La colère est venue très vite. Je suis coutumier de la colère. Elle est pour moi une compagne quotidienne. Elle me gagne en un rien de temps. Mais là, c’est l’épaisseur de cette colère qui m’a surpris, sa densité.

Et puis se demander avec quels curseurs ils sont en train de jouer et jusqu’où ils pensent pouvoir aller sans que ça déborde.

Bien souvent, on oppose à mes raisonnements simplistes de la complexité. Et on a raison. Mais cette fois-ci, ça me semble différent. Quand l’intention de départ est mauvaise, quand la vision du monde imposée ne convient pas, rien ne peut sortir de bon ou même d’acceptable. C’est simple à comprendre. Ce qui est plus compliqué, peut-être, c’est de savoir jusqu’où ils oseront aller et comment leur pensée s’articule avec précision. Ce qui tient du mensonge, de l’incompétence, de l’ironie, du mépris, du cynisme.

Retenir ça juste : rien de bon ne peut venir de ces gens-là. Et se souvenir, ne jamais oublier que le désastre ne tombe pas du ciel, que notre capacité à y faire face, que les morts qui s’entassent sont bien morts à cause de l’ultralibéralisme, du monde tel qu’il ne va pas, des économies faites sur le dos du plus grand nombre afin de permettre à quelques-uns de se gaver. Des années qu’on mène la santé et l’éducation comme s’il s’agissait d’entreprises, et le gouvernement actuel n’a fait qu’accélérer le mouvement.

La colère… Et prendre le temps de se dire qu’elle ne retombera pas, qu’elle continuera à s’épaissir, qu’il ne faudra pas qu’elle retombe. Y injecter de la joie, de l’enthousiasme, pour continuer d’affirmer que ce monde, celui de l’ultralibéralisme, n’est pas tenable, qu’il doit cesser d’être, que toutes et tous nous devons être contre pour qu’il bascule.

Ici et là, on entend résonner déjà quelques nouvelles, des changements d’habitude. Dans la petite commune où je vis, des producteurs locaux regroupés préparent ces dernières semaines 90 paniers (légumes, fromage, œufs, pain, bière) au lieu des 30 habituels. Des gens découvrent qu’à quelques centaines de mètres de chez eux, on fabrique des produits de qualité. Plusieurs grandes villes ont déjà prévu de favoriser le vélo comme moyen de locomotion pour l’après confinement. Ce sont peut-être les premiers signes de changements plus profonds qui s’amorcent.

Cette période est une période de flottement. Et si on en profitait pour continuer de bouger les lignes et sortir d’un système injuste et mortifère…