Bientôt La Turmelière

Entre novembre et mars, je serai en résidence pour trois mois à La Turmelière, accueilli par l’association La Turmelière (affiliée à la Ligue de l’enseignement), logé juste à côté de ce magnifique château construit près des ruines du manoir où vécu Joachim Du Bellay. C’est tout près d’Ancenis dans le Maine-et-Loire. Même si je n’ai pas à me plaindre de mon environnement quotidien de travail, celui-là est assez idyllique, je dois dire.

J’ai la chance d’avoir été retenu pour y développer le scénario d’un nouveau projet de bande dessinée jeunesse construit autour de la remise en question du spécisme. J’ai choisi de m’interroger sur la place de l’humain dans la nature, du moins sur la place qu’il serait grand temps qu’il ait, prenant en compte donc les animaux autant que les végétaux qui l’entourent, sans se penser tout en haut de l’échelle. Si l’histoire et sa trame sont loin d’être construites, le but de la résidence est bien celui-là, se donner du temps pour produire ce scénario, j’ai quand même quelques éléments en tête déjà, un format pressenti (une trilogie) et un compagnon de route avec lequel je suis une fois de plus très heureux de travailler, Laurent Richard.

Cette résidence est accompagnée de tout un programme de médiation, d’ateliers proposés aux classes de deux territoires, d’interventions en médiathèque, d’expositions, de mise en valeur de mon travail ici et là. Un vrai bonheur à venir.

Mon ami hors du commun

Le 3 septembre, vous trouverez en librairie ce nouveau titre de la collection Et si on parlait de chez Hygée éditions (Presses de l’EHESP). Mon ami hors du commun est très joliment illustré par Benjamin Strickler. Même principe ici que pour Ma mère à deux vitesses, paru en fin d’année dernière. Dans ce nouvel opus, nous abordons le trouble autistique, en gardant toujours la même structure pour l’album jeunesse : une histoire illustrée suivie de trois doubles-pages écrites par Baptiste Fiche, psychologue. C’est un peu comme si un des protagonistes de l’histoire entrait dans le cabinet de Baptiste pour lui poser des questions et obtenir des réponses.

L’enfant est toujours au centre de l’histoire. C’est le principe de la collection. Restituer la voix, le regard de l’enfant, plongé dans un monde qu’il a des difficultés à appréhender. En tant qu’auteur, ce sont ces voix, ces regards que je tente de cerner dans la plupart de mes livres.

Très heureux de continuer l’aventure avec Hygée éditions…

Un autre titre paraîtra en octobre, sur la maladie d’Alzheimer, Mon papy tête en l’air (illustré par Laurent Richard) et deux nouveaux livres au printemps 2021, sur l’adolescence et sur le cancer. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Pour l’heure, réservez un bon accueil à Un ami hors du commun. Si ce petit livre peut modifier un tant soit peu nos regards, apporter quelques pistes de réflexion, soulager, eh bien nous en serions ravis. Pour vous mettre l’eau à la bouche… voici la première double. Espérons qu’elle vous donnera envie d’aller plus loin.

Un ami hors du commun. Texte : Benoît BROYART. Illustrations : Benjamin Strickler. Hygée éditions, 2020

Cavale éditions

Persistance de l’enfance

Née en 2019, avec la publication d’un premier livre singulier, coécrit avec Thomas Scotto, Entre les lignes, Cavale éditions poursuivra son chemin en 2021, en s’ouvrant à d’autres autrices et auteurs…

L’enfance nous marque. L’enfance nous fonde. « Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours… » (Marguerite Duras). C’est cette parcelle-là, cette parole-là que Cavale éditions souhaite capter et faire résonner. Ce qui reste en nous de l’enfance.

Pour ce faire, notre structure de micro-édition de livres s’attachera à la fiction (illustrée ou non) comme au récit autobiographique. L’angle privilégié sera toujours celui de la littérature. « La littérature, je l’ai, lentement, voulu montrer, c’est l’enfance enfin retrouvée. » (Georges Bataille).

Une attention particulière s’attachera à la voix en jeu, à sa singularité, à sa rugosité dans le récit, à son authenticité.

Nous souhaitons nous inscrire dans une démarche éthique et écologique. Pour l’établissement des contrats, nous suivrons les préconisations de la Ligue des auteurs professionnels et prendrons soin d’imprimer en France, avec des tirages ajustés, sur des papiers PEFC. Cavale éditions participera également aux débats en cours autour de l’écologie du livre (Livre et Lecture en Bretagne, Association pour l’écologie du livre) et s’inspirera des pratiques déjà en œuvre dans d’autres trop rares maisons.

Nous voulons prendre notre temps, accompagner chaque projet et réfléchir en amont au meilleur mode de diffusion à mettre en place en fonction du livre envisagé.

L’identité graphique de Cavale éditions est en cours de création. A l’automne 2020, Cavale éditions aura un logo et un site Internet.

Les deux projets à naître pour 2021…

Chiffonné. Un livre d’images sur la maltraitance par Laurent Houssin. Parution premier semestre 2021.

Je n’ai pas appris à vivre. Réédition de l’autobiographie de Marianne Oswald. Parution deuxième semestre 2021.

Corps pays

Il était question, sans doute, de trop de porosité, d’une enveloppe mal fermée, ouverte à tous les vents, d’une frontière mal définie et mouvante. Il était question d’ouvertures et de failles.

Des fluctuations, dans un sens comme dans l’autre. Et au bout de ces chemins-là, certains jours, une fatigue incommensurable, un épuisement. Trop de l’autre en dedans, trop de l’autre en soi, trop de ses membres, organes, fentes, trop de lui tout compressé dedans. La peau soudain étanche, les portes refermées, retenant l’autre. La peau tendue à se rompre. Trop de l’autre. Trop de lui.

Le secret du bonheur ? Filtrer les entrées, être davantage le maître des lieux. Ne pas se faire pénétrer sans son contentement.

Des fluctuations. Dans un sens comme dans l’autre. Trop de soi, bien trop, projeté vers l’autre, avec l’espoir d’un accueil démesuré, total, inconditionnel. L’espoir de se blottir pour souffler un peu.

Mieux maîtriser la frontière et le flux, assurément, oui mais laisser la fleur de peau de côté alors, oublier l’hypersensibilité qui est le moteur global aussi, le nôtre depuis si longtemps ? Devenir maîtrise de soi, savoir où placer les filtres ? Mais alors, terminées l’ivresse, les déflagrations ?

Poursuivre ainsi, sinon. Continuer de laisser entre et sortir, accueillir le plus possible sans pour autant céder à l’envahissement total. Équilibrer les flux peut-être. Juste équilibrer les flux suffirait.

17 juillet 2020

S’en tamponne-t-il le coquillard ?

Se demander vraiment avec quels curseurs ils sont en train de jouer et jusqu’où ils pensent aller avant que ça déborde, avant que tout leur explose au visage ?

Durant le confinement, avec leurs lots de mensonges, d’annonces contradictoires, ces autorisations qu’on a ridiculement signées pour nous-mêmes avant de sortir, cette infantilisation permanente, cette propension à nous faire peur aussi (quand on a peur, on ne proteste pas), à nous rendre quasi responsables de ce dont ils sont responsables… Eh oui… pas besoin de sortir de l’ENA pour comprendre que néolibéralisme et pandémie sont liés, que cette maladie est une conséquence des modes de vie qu’on nous impose, dans lesquels souvent on se coule d’ailleurs sans problème, profitant d’un confort abêtissant.

Je pensais qu’on avait touché le fond, ou plutôt que la coupe était pleine déjà, prête à déborder. Il y avait cet état d’urgence aussi, arrangeant à bien des égards, cela dit qui en a arrangé d’autres avant eux, quand le pays devait faire face à la menace terroriste. Contenir les protestations surtout, museler les revendications légitimes qui gênent le pouvoir, l’empêchent d’avancer et de continuer à faire de la merde.

Je pensais qu’on avait touché le fond… Et là, on nomme à l’intérieur un homme accusé de viol et à la justice, un pourfendeur du plus que salutaire mouvement MeToo parce que bon hein les femmes qui revendiquent le droit à une véritable égalité, qui souhaitent bazarder les dizaines d’injonctions qu’on leur impose, qui soudain enlèvent leurs soutiens-gorges, ne s’épilent plus que si elles en ont envie… ça va cinq minutes quand même hein, faut pas exagérer…

Je me suis longtemps demandé s’ils n’allaient pas, s’il n’allait pas à un moment pousser le bouchon trop loin, je veux dire assez loin pour que tout explose. Enfin ! La convergence des luttes ! Toutes les manifestations le même jour, parce que dans les révoltes qui grondent, toutes et tous revendiquent la même chose : du respect, de l’égalité, de la solidarité.

Là, je me dis que oui, maintenant, ils sont allés trop loin. On y est. En effet, quel message Emmanuel Macron souhaite-t-il envoyer aux femmes alors qu’il a fait justement de l’égalité femmes hommes une des priorités majeures de son quinquennat ? C’est hallucinant, affolant autant de mépris, de cynisme. C’est quoi le message ? Je m’en tamponne le coquillard.

Mais bon, c’est l’été, il faut comprendre, les gens ont besoin de décompresser maintenant. Ils ont été un peu stressés avec le confinement, la pandémie. Ils le sont toujours avec cette menace de deuxième vague. Voilà de quoi faire en sorte que toutes et tous se tiennent tranquilles. Ils ont envie d’aller bronzer. Alors la convergence des luttes, les centaines de milliers de personnes dans les rues, ce ne sera pas pour juillet-août.

Parfois, je me dis qu’il faudra peut-être que le gouvernement ajoute encore une couche. Oui mais laquelle ? Là, on est déjà allé très loin.

Et je continue de me poser toujours la même question. Est-ce que ça va craquer ?

Benoît BROYART, 9 juillet 2020

Sous la cendre aujourd’hui en librairie

Après plus de 20 ans d’absence… me voici de retour en littérature générale pour un roman qui tient beaucoup… à l’enfance, à ce qui nous relie à l’enfance. J’ai laissé grandir trois voix autour du personnage sombre de la marâtre. J’ai réécrit trois contes qui me suivent depuis une éternité. J’ai assemblé tout ça pour en faire un édifice qui, je l’espère, ne sera pas trop bancal, aidé dans cette tâche ardue par quelques méta-lectrices et méta-lecteurs qui m’ont permis de faire grandir le récit. Merci à toutes et tous, et merci à Stéphane Batigne, mon éditeur, pour les derniers ajustements.

Rendez-vous en librairie. Si vous ne trouvez pas le livre, n’hésitez pas à le commander. Vous pouvez aussi le trouver sur le site de Tri Nox éditions.

Carnet de bord de Plop

Depuis quelques semaines, vous pouvez trouver le Carnet de bord de Plop en librairie…

Plop est de retour en Bretagne avec son carnet de bord ! À la découverte de la Bretagne avec Solenn et Plop par Benoît Broyart avec des illustrations du Studio Crumble. Un album de jeux pour les enfants dès 6 ans !

« Je m’appelle Plop et je suis un extraterrestre.
Mon vaisseau spatial est tombé en panne dans un lieu qui s’appelle la Bretagne et je ne peux plus rentrer chez moi.
Heureusement, j’ai rencontré Solenn, une petite Bretonne de dix ans. Elle me guide dans la découverte de ce pays ; un véritable voyage initiatique, parsemé de mille et une aventures.
Tu as entre les mains le premier tome de mon carnet de bord.
Tu verras, je t’ai laissé des jeux et des défis à réaliser seul·e ou avec tes ami·e·s !
Amuse-toi bien.
Plop ! Plop ! Plop !
 »

Ce carnet de bord est le reflet des aventures de Solenn et Plop, une websérie de douze épisodes visibles gratuitement sur le net (http://www.bcd.bzh/becedia/fr/solenn-et-plop ou via YouTube). Le public est invité à suivre les aventures de nos deux héros, qui lui apporteront des connaissances sur la Bretagne.

Les aventures de Solenn et Plop sont également disponibles en breton et en gallo.

Chaque thème est expliqué grâce à un dialogue simple et humoristique entre Solenn et Plop, accompagné de nombreux jeux et activités pédagogiques et ludiques : mots mêlés, « cherche et trouve », dessins, labyrinthe, rébus, herbier à réaliser, etc. L’enfant confectionne son propre carnet de bord sur la Bretagne !

Disponible en librairie au prix de 11,90 €, vous pouvez aussi le commander auprès de Bretagne Culture Diversité ( commandez par mail, rajoutez 5 € de frais de port). Il est également en vente sur le site de la Coop Breizh.

Dialogue 1

– Tourne-toi.

– Comme ça ?

– Oui, encore un peu, qu’on te voie bien. Autrement, les gens comprendront pas.

– C’est mieux ?

– Oui, c’est mieux, mais dépêche-toi, on va pas y passer la nuit. Dans dix minutes, la salle sera vide. Ils partiront et tu resteras là comme un con. Ils veulent voir, tu comprends. Ils ont payé, t’as pas le droit de les décevoir. Montre de quoi tu es capable.

– Alors j’m’assois juste en face d’eux, comme ça ?

– Oui, combien de fois il faut te le dire ? Compte pas sur moi pour faire le boulot à ta place. Après tout, si t’es là, c’est que tu le veux bien. Tu peux encore partir. Ils vont te siffler mais si t’as pas le courage, c’est mieux que tu te barres.

– Non non, je reste.

– J’préfère ça. Alors on y va maintenant. Ouvre la bouche en grand. Mais putain, mieux que ça ! Tu peux pas ouvrir la bouche plus grand ? Ça m’étonnerait, avec tout ce que tu t’enfiles, tu devrais avoir l’habitude !

– J’fais de mon mieux, tu sais.

– Ferme-la. Mais boucle-la, j’te dis ! Non, j’voulais dire tais-toi, mais ouvre la bouche. Bon dieu, ce que tu peux être con ! Allez, on y va. Tire sur ta langue. Et applique-toi, sinon t’arriveras à rien. Mais tire, t’as peur qu’elle te reste entre les mains ou quoi ! Voilà, comme ça. Eh ben c’est pas trop tôt. Ces messieurs dames commençaient à s’impatienter. Tu vois, il suffit de se donner la peine. On obtient des résultats. Elle commence à sortir, c’est bien, c’est très bien. Prends tes deux mains, ce sera plus facile. Allez tire, mais tire j’te dis ! Fais-la descendre maintenant. Oui, c’est ça, tout en souplesse. Fais-la descendre en dessous du menton. Encore un p’tit effort. Allez, en arrière maintenant, de toutes tes forces. Qu’elle fasse vraiment le tour de ton cou.

Benoît BROYART, 25 juin 2020

Un tatou à tâtons

Le Tatou à tâtons, c’est d’abord un spectacle pour la petite enfance, cousu autour de berceuses du monde entier, créé par Géraldine Chauvel (chanteuse), Jean-Sébastien Hellard (accordéoniste) et Alexandre Aubert (graphiste et illustrateur). Le trailer est par ici.

D’ici quelques semaines, eh bien ce sera aussi… un très joli livre-CD, produit et édité par La Compagnie des possibles. Je suis heureux d’avoir pu participer à l’aventure. J’aime qu’on m’emmène sur des bateaux sur lesquels je n’ai pas encore navigué.

La trame de l’histoire existait déjà dans le spectacle, l’ossature du conte randonné était posé et les images d’Alexandre Aubert projetées en fond de scène. Je me suis attelé à un travail de réécriture pour adapter cette histoire aux exigences de l’album jeunesse.

Le résultat est très chouette. De nombreux talents réunis… Une vraie coopération.

Les livres sont sur le point de partir se faire imprimer. Il est encore temps pour vous de le pré-commander. N’hésitez pas. Cela sera de toute beauté. C’est par ici.

Le personnage

Il était venu frapper à ma porte sans visage, ou plutôt avec ses centaines de visages possibles, souhaitables ou peu recommandables. Je n’avais pris aucune précaution et je l’avais laissé entrer chez moi, sans mesurer ce qui tenait en lui de mon passé, sans le reconnaître vraiment.

Je l’avais sans doute déjà observé, scruté, croisé au moins ; et il s’était imprimé en moi comme tant d’autres. En tout cas, nous avions été en contact, c’était une certitude. Depuis, après qu’il ait rejoint le grand réservoir au fond de mon œil où ils s’entassent toutes et tous, je l’avais digéré.

Impossible d’en être certain mais il était probable qu’il s’agisse donc d’un retour, de son retour parmi moi. Peut-être aurais-je dû être plus méfiant. Mais ce n’est pas dans ma nature. J’ouvre les bras dès que l’occasion se présente, prêt à nouer des relations avec le premier venu. Ou plutôt, disons que j’apprécie de me faire envahir. Je me sens moins seul.

Une fois dans mon vestibule, il s’était effacé brutalement. Quelques secondes avaient suffi. Soudain, il n’était plus qu’une ombre, une enveloppe vide, un souffle. En tout cas il était devenu volatil presque, aussi fragile que du papier à cigarette. Il fallait agir avec précaution. Il aurait pu se déchirer à la moindre brusquerie. En quelques secondes, il était redevenu un inconnu et se tenait loin de tous mes souvenirs. Un parfait inconnu.

J’avais passé alors un temps infini à sculpter ses contours, à lui redonner de l’épaisseur, à m’occuper de l’intérieur de son corps aussi, os, cœur et boyaux, muscles, cerveau. Je lui avais trouvé des amitiés, des amours. J’avais écrit l’histoire de sa famille, l’ennui profond durant ses années de lycée, tout ce temps qu’il avait passé à chercher un travail ensuite, ayant raté son bac, ses longues errances dans les rues, la nuit, à moitié saoul, désespéré de n’être rien ou si peu. Je lui avais cousu d’office un passé assez lourd. Je m’étais glissé dans son présent. Ensemble, nous aurions pu prendre le temps nécessaire et lui trouver un futur à sa mesure. J’étais prêt à en débattre avec lui, à voir ce qui lui aurait convenu, à faire des concessions.

Mais après tous mes efforts, des mois de travail pour le façonner, il était finalement reparti, comme si rien ne s’était passé entre nous, sans un remerciement. Ma proposition ne lui avait pas convenu. J’avais échoué.

Benoît BROYART, 17 juin 2020