Sur la planche

case

Nanaqui, une vie d’Artaud. Dessin et couleurs Laurent Richard. Scénario Benoît Broyart. A paraître chez Glénat (collection 1000 feuilles) en septembre 2019

Cette nécessité de lâcher prise, de laisser sortir, ouvrir en grand pour explorer de nouveaux territoires ou passer dans certains couloirs inconnus de lieux déjà visités. On n’était pas arrivé jusque-là parce qu’on n’avait pas foré assez loin. On avait hésité, on avait eu peur aussi de tout réduire en miettes, tout perdre. Alors on avait rebroussé chemin. On s’était rassis au chaud sur le fauteuil confortable, roulé dans une couverture épaisse pour tenter de trouver un demi-sommeil où tout s’efface et ou l’on peut espérer un peu de répit. Avec le temps peut-être, cette pratique presque quotidienne d’écrire, utiliser des outils mieux affûtés, davantage appropriés. Enfoncer de nouvelles portes aussi. Petites victoires après plusieurs années à creuser. Enfoncer des portes d’un coup d’épaule quand la force est suffisante et que le bois usé craque enfin. Non pas aller n’importe où, non pas jeter des lignes au hasard mais bien tester, avancer, reculer au besoin pour percer juste à côté si on n’est toujours pas arrivé à trouver le meilleur chemin possible. C’est là enfin. On croit qu’on est arrivé. Ça commence à gonfler mais la minute d’après, ça se recroqueville. Et même il arrive qu’il ne reste rien du pont qu’on avait construit pour aller d’une rive à l’autre. On perd tout. Ce qui compte au final, lancer tout ça, le magma qui dormait au fond du ventre, quand d’autres semblent digérer durant des temps infinis sensations, bribes de phrases, décors, personnages dans leur grand chaudron, sans que rien ne transparaisse sur leur figure, impassibles, avant de présenter au monde quelques lignes parfaites, sans rien de bancal. Pas de méthode en tout cas, rien de fiable vraiment, pas de technique infaillible, jamais, sur laquelle on pourrait se reposer pour avancer. Juste faire partie des individus qui portent avec eux leur histoire, la revisitent, en tirent des fils comme ils peuvent.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s