Le statut d’auteur

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Nanaqui, une vie d’Artaud. Dessin et couleurs Laurent Richard. Scénario Benoît Broyart. A paraître chez Glénat (collection 1000 feuilles) en septembre 2019

Non qu’on nous prenne pour de réels inactifs, pas vraiment, pas pour des fainéants non, enfin pas toujours, pas vraiment, mais au final, on a quand même du mal à nous imaginer trimant, harassés, le corps démonté par l’effort. Toujours sur nos chaises, même si certains d’entre nous marchent, courent ou nagent pour délier leurs histoires, leur donner du souffle. Toujours sur nos chaises, c’est vrai, oui mais à l’intérieur, tout est en ébullition permanente. Et cette ébullition est nécessaire, salutaire, vitale. Difficile de couper le courant, d’interrompre le fil et de reprendre un peu plus tard. On joue avec ça de toute façon, on utilise nos obsessions, on les triture. C’est qu’il faut savoir faire bouger ses neurones à tout prix, avancer malgré des retours qui font mal parfois combien de fois avons-nous dévalé la colline, cul par-dessus tête, ramenés à plus grand-chose, sommés de nous relever au plus vite pourtant sous peine d’être ensevelis —, supporter l’attente quand on envoie un projet et faire en sorte que cette attente ne soit pas trop handicapante non plus. Pas les moyens de faire une pause, de s’arrêter en chemin pour regarder le paysage. Car si vous arrêtez d’avancer ne serait-ce que quelques semaines, vous risquez l’extinction pure et simple, la disparition. Le secret est là, sans doute, et il n’est pas propre à notre métier d’auteur, pas seulement, applicable à d’autres sphères sans doute. Ne jamais attendre ou en tout cas, être suffisamment musclé pour s’auto-persuader qu’on n’attend pas, jamais, ni le mail d’un éditeur, d’une éditrice, ni le regard d’un lecteur, d’une lectrice. Alors qu’au fond, c’est en partie ça qui ronge, cette attente. Curieuse posture que celle-là, un brin fatigante sans doute, et pourtant, avoir du mal avec les années à se dire qu’on pourrait bien faire autrement, faire autre chose. N’attendre rien donc, jamais, en tout cas le moins possible, et s’interroger toujours pour déterminer d’excitants nouveaux projets. Provoquer des rencontres, tenter de nouvelles coopérations. Parvenir à garder une part de confiance, sans que cette dernière confine à l’aveuglement.

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