Pour une nouvelle chaîne du livre !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me faut prendre quelques précautions. Rappeler surtout qu’ici je ne cherche pas à épingler telle ou telle maison d’édition, ou à faire l’apologie des petits éditeurs qui seraient plus vertueux que les gros. Je connais de grandes maisons fabuleuses et de petites maisons pleines d’escrocs.

C’est bien le système que je condamne, ici avec l’idée de ne pas rester dans la plainte stérile mais bien de prendre le taureau par les cornes pour trouver les moyens de faire autrement. Comment créer des contenus, les imprimer et les amener jusqu’à leurs lecteurices, en veillant à respecter quelques principes, notamment la juste rémunération de chacune et chacun, et l’impact écologique de nos joyeuses gesticulations.

Après une vingtaine d’années de pratique en tant qu’auteur et une expérience dans certains autres domaines de la sacro-sainte chaîne du livre (DUT Métiers du livre, expérience d’employé de librairie, micro-activité éditoriale), il me semble avoir une assez bonne connaissance du secteur. Je fais également partie, depuis quelques années, du Comité consultatif de Livre et Lecture en Bretagne, comité de professionnels du livre œuvrant entre autres pour une meilleure connaissance interprofessionnelle, très bel espace de réflexion et d’expérimentation.

Je m’aperçois que nous sommes sans doute au bout de certaines pratiques et finalement, même si nous risquons de passer par des moments douloureux, cela nous laisse de belles raisons de nous réjouir. Hyper-concentration, surproduction, accélération des rotations sur les tables des libraires, un moment déjà que le système a montré ses limites. Si l’on ajoute à cela la hausse du prix des matières premières, notamment du papier, celle du coût des transports… il semble difficile d’envisager l’avenir dans un tel système avec beaucoup d’optimisme.

Un des maillons de la chaîne du livre interroge depuis longtemps les autres acteurices de cet osbcur biotope. La partie diffusion-distribution, qui englobe la promotion des nouveautés et le transport des livres jusqu’aux librairies. Incontournable ou presque (il est très difficile de percer pour une maison d’édition ne possédant pas de diffuseur), on a d’un côté des éditeurs qui courtisent des diffuseurs afin d’être accueillis dans leur catalogue. Hachette et Interforum, mastodontes de la diffusion, possèdent des dizaines de maisons dans leur catalogue. Il est difficile voire impossible de diffuser correctement chacune d’entre elles. De l’autre côté, on a des libraires qui, s’ils recevaient avant la visite de représentants, se voient dorénavant contraints pour certainds de compulser d’immenses catalogues pour faire leur choix. L’éditeur paie finalement souvent pour un service qu’on lui rend mal ou pas, et le libraire, à l’autre bout, fait parfois le travail du diffuseur. J’oubliais de préciser… c’est le diffuseur qui décide du pourcentage qu’il accorde au libraire, fonction du chiffre d’affaires de ce dernier. Pour faire court et moins technique, disons que ce sont ces structures qui font la pluie et le beau temps dans nos professions. Oui parce qu’au bout du bout de la chaîne, il y a les auteurices, et qu’on nous considère depuis longtemps (pas toujours hein) comme la seule variable d’ajustement envisageable.

Les grosses structures de diffusion-distribution sont liées à des grands groupes d’édition. Ah oui, sans blague, quelle surprise ! En France, les libraires accueillent les nouveautés dans leur boutique. Ils les paient et ont la possibilité de les retourner au diffuseur pendant un an. Pendant ce temps-là, les diffuseurs-distributeurs immobilisent la trésorerie des libraires et font travailler leur argent. C’est le propre du système capitaliste. Un tout petit nombre de personnes se font un maximum de profit sur le dos d’un grand nombre de gens qui travaillent pour pas grand-chose. Le système est bien rôdé. L’objectif du diffuseur est bien de placer un maximum d’exemplaires sur les tables des libraires, d’être présent au détriment des autres.

Un exemple concret pour illustrer mon propos. J’ai publié le premier tome d’une série de bande-dessinée en août 2021. Tirage annoncé par l’éditeur, l’équipe commerciale étant très confiante, 7 000 exemplaires. Mise en place de la nouveauté en librairie, 6 000 exemplaires. Le jour de la sortie, il en reste donc 1 000 exemplaires en stock. Si le succès est au rendez-vous, c’est-à-dire un succès rapide (en quelques semaines seulement, l’avenir d’un livre se joue), il va falloir que les libraires puissent faire un réassort (réapprovisionnement). On ne peut pas se permettre d’être en rupture sur une nouveauté. Donc l’éditeur lance une réimpression de 3 000 exemplaires. Finalement… le succès n’est pas au rendez-vous, enfin pas autant qu’on le souhaiterait, ou pas assez rapidement. Les libraires font pas mal de retours au bout de quelques mois. Les ventes effectives sont au bout d’un an de 3 000 exemplaires et les retours de 4 000 exemplaires. Sachant que tous les retours sont pilonnés, détruits… Ayant quelques principes écologiques, je n’ai vraiment plus envie d’alimenter cette machine. Dans cet exemple, le seul bénéficiaire est la structure de diffusion.

Il est temps que tout cela cesse. Voilà pourquoi j’expérimente depuis quelques mois, années, de nouvelles pistes. Et je suis bien décidé à en défricher de nouvelles avec mes nombreux collègues auteurices, éditeurices, libraires.

D’abord collaborer avec certaines maisons d’édition qui ne travaillent pas ainsi… c’est sans doute un début de solution. Les éditions de la Cabane bleue, avec lesquelles j’ai réalisé 7 livres pour le moment participent de ce beau mouvement de renouveau. Curieusement, Sarah et Angela, les éditrices, ont choisi de ne pas avoir de structure de diffusion. Et à l’autre bout de la chaîne, côté auteur, je me vois correctement rémunéré.

Ensuite, développer une structure d’édition de mon côté. Et dans cette dernière, rééditer des contenus (en jeunesse) dont j’ai récupéré les droits, parfois sous de nouvelles formes (livres audio, poche). Puisqu’il s’agit de rééditions, je remets en valeur des contenus qui ont déjà été validés par des maisons d’édition. J’évite par-là, je pense, certains écueils de l’auto-édition. Je ne m’interdis pas non plus d’éditer des coups de cœur, d’autres auteurices. Voilà le sens de Benoît Broyart éditeur.

Pour ces livres, j’ai deux canaux de vente. Je travaille avec un réseau de libraires, souvent indépendants, en diffusion-distribution directe donc. Je propose aussi un espace de vente sur le Net, une librairie virtuelle, La librairie de Benoît. En achetant sur ce site (www.lalibrairedebenoit.fr), vous privilégiez le circuit court du livre en rémunérant directement le producteur, donc l’auteur le plus souvent ici…

Réveillons-nous ! Imaginons d’autres possibles !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s