S’en tamponne-t-il le coquillard ?

Se demander vraiment avec quels curseurs ils sont en train de jouer et jusqu’où ils pensent aller avant que ça déborde, avant que tout leur explose au visage ?

Durant le confinement, avec leurs lots de mensonges, d’annonces contradictoires, ces autorisations qu’on a ridiculement signées pour nous-mêmes avant de sortir, cette infantilisation permanente, cette propension à nous faire peur aussi (quand on a peur, on ne proteste pas), à nous rendre quasi responsables de ce dont ils sont responsables… Eh oui… pas besoin de sortir de l’ENA pour comprendre que néolibéralisme et pandémie sont liés, que cette maladie est une conséquence des modes de vie qu’on nous impose, dans lesquels souvent on se coule d’ailleurs sans problème, profitant d’un confort abêtissant.

Je pensais qu’on avait touché le fond, ou plutôt que la coupe était pleine déjà, prête à déborder. Il y avait cet état d’urgence aussi, arrangeant à bien des égards, cela dit qui en a arrangé d’autres avant eux, quand le pays devait faire face à la menace terroriste. Contenir les protestations surtout, museler les revendications légitimes qui gênent le pouvoir, l’empêchent d’avancer et de continuer à faire de la merde.

Je pensais qu’on avait touché le fond… Et là, on nomme à l’intérieur un homme accusé de viol et à la justice, un pourfendeur du plus que salutaire mouvement MeToo parce que bon hein les femmes qui revendiquent le droit à une véritable égalité, qui souhaitent bazarder les dizaines d’injonctions qu’on leur impose, qui soudain enlèvent leurs soutiens-gorges, ne s’épilent plus que si elles en ont envie… ça va cinq minutes quand même hein, faut pas exagérer…

Je me suis longtemps demandé s’ils n’allaient pas, s’il n’allait pas à un moment pousser le bouchon trop loin, je veux dire assez loin pour que tout explose. Enfin ! La convergence des luttes ! Toutes les manifestations le même jour, parce que dans les révoltes qui grondent, toutes et tous revendiquent la même chose : du respect, de l’égalité, de la solidarité.

Là, je me dis que oui, maintenant, ils sont allés trop loin. On y est. En effet, quel message Emmanuel Macron souhaite-t-il envoyer aux femmes alors qu’il a fait justement de l’égalité femmes hommes une des priorités majeures de son quinquennat ? C’est hallucinant, affolant autant de mépris, de cynisme. C’est quoi le message ? Je m’en tamponne le coquillard.

Mais bon, c’est l’été, il faut comprendre, les gens ont besoin de décompresser maintenant. Ils ont été un peu stressés avec le confinement, la pandémie. Ils le sont toujours avec cette menace de deuxième vague. Voilà de quoi faire en sorte que toutes et tous se tiennent tranquilles. Ils ont envie d’aller bronzer. Alors la convergence des luttes, les centaines de milliers de personnes dans les rues, ce ne sera pas pour juillet-août.

Parfois, je me dis qu’il faudra peut-être que le gouvernement ajoute encore une couche. Oui mais laquelle ? Là, on est déjà allé très loin.

Et je continue de me poser toujours la même question. Est-ce que ça va craquer ?

Benoît BROYART, 9 juillet 2020

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