Repenser la chaîne du livre ?

Des années qu’elle est entamée cette réflexion sur la chaîne du livre, ses différents maillons, la légitimité de ces derniers. Quand on met autour de la table… j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le vivre ces dernières années puisque je participe au comité consultatif de Livre et lecture en Bretagne, centre régional du livre, comité de professionnels représentatifs de la chaîne du livre… quand on met autour de la table les actrices et les acteurs de la chaîne, auteurs.trices, éditrices.eurs, libraires, correcteurs.trices, médiathécaires, on s’aperçoit que ces différentes professions sont très liées, interdépendantes, attachées l’une à l’autre, même si les uns et les autres ne connaissent pas forcément la réalité du métier du livre d’à côté. Tout le monde évolue dans sa bulle, avec des porosités relatives heureusement qui aident à mieux se connaître, se reconnaître. Quand on se met autour de la table pour discuter, tentant de voir comment on pourrait améliorer le quotidien de chacun, puisque dans la sphère du livre, la plupart du temps, les économies sont assez précaires il faut bien le reconnaître, il y a toujours les grands absents, les diffuseurs qui font souvent la loi, je pense à ceux qui sont liés aux grandes maisons, plutôt aux grands groupes même. Maisons indépendantes puis rachetées puis rachetées puis rachetées, devenues énormes machines bientôt déclinées en marques plutôt qu’en maisons, et c’est toute la différence. Puisque le temps du livre est lent et que celui du capitalisme impose un rythme effréné, seuls semblent compter les flux. En tout cas les flux de marchandises comptent davantage que les contenus proposés. C’est effrayant parfois de voir à quel point ! Après un petit moment passé dans la place, à naviguer entre petits éditeurs et grands, entre indépendants et dépendants d’immenses groupes, difficile en tant qu’auteur de savoir quelle position adopter. D’autant qu’il n’y a pas de règle stricte dans le domaine. Je connais des grands éditeurs fabuleux et réglos et des petits malhonnêtes. L’inverse est vrai. En tout cas aujourd’hui, et je ne suis pas le seul à le sentir, il y a des expériences tentées pour raccourcir la chaîne, allant jusqu’à l’autoédition pour certains projets du côté des auteurs. Il y a de nouvelles choses à imaginer sans doute. Ça commence à trembler ici ou là, on parle par exemple sur des salons de coopératives d’auteurs qui pourraient se mettre à éditer des choses. Ça tremble… d’autant que notre statut d’auteurs, s’il offrait il y a encore quelques années des avantages, on pouvait par exemple choisir de cotiser très peu pour sa retraite, tout miser sur la vie active en somme, en se disant qu’on verrait plus tard pour le reste, un chouette avantage n’est-ce pas… eh bien ce n’est plus possible. Voilà qu’on a décidé d’aligner notre régime de retraites sur les autres, avec une obligation de cotiser qui grève un peu nos budgets, il faut bien le dire. Ça coince un peu et comme l’auteur a toujours été la variable d’ajustement de la chaîne, l’éditeur aussi hein, si tant est qu’il soit petit et pas trop gourmand, sachant que pour autant le libraire par exemple peine aussi à se tirer un salaire de son activité. Ça coince un peu et on doit devenir imaginatif et faire des choix. Les miens se portent ces temps-ci vers de nouvelles expériences. Deux nouvelles portes se sont ouvertes dans des maisons de tailles raisonnables. Nous y reviendrons. Il est un peu tôt pour parler de ces jolies nouvelles constructions. Là, je suis associé au processus éditorial, il y a un véritable respect du travail proposé, enfin on ne place pas l’auteur à l’écart dès qu’il a son contrat. Et l’on voit apparaître aussi des choses qu’on aurait eu du mal à imaginer il y a quelques années encore. On se pose ce genre de questions par exemple : Comment penser le livre en terme de circuit court ? Quelle signification cela pourrait-il avoir ? Moins de livres mais présents plus longtemps en librairie. Parce que les libraires ont du mal à suivre, surtout quand les diffuseurs les écrasent avec des contrats dans lesquels ne compte que le flux. En placer un maximum. Bizarrement oui, toujours les mêmes ceux qu’on ne voit pas autour de la table. Heureusement, bien entendu, tout le paysage n’est pas comme ça, mais il y a pas mal de nuages tout de même. Il est grand temps de s’installer toutes et tous autour de la table pour repenser tout ça.

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